On le disait, au mieux, coude à coude avec la droite. Beaucoup le voyaient même désavoué par les électeurs et près de mordre la poussière mais, pour la seconde fois en un an, Alexis Tsipras vient donc de remporter haut la main les élections grecques dans une victoire qui n’a rien, absolument rien, d’étonnant.

Car, enfin, qu’elle était la promesse sur laquelle cet homme s’était fait élire en janvier ? Elle était de maintenir la Grèce dans l’euro et, bien sûr, dans l’Union tout en renégociant le remboursement de sa dette et les très dures conditions mises à l’aide que lui est apportée par les autres Européens et le FMI.

Il ne s’est pas assis sur cette promesse car, six mois durant, il s’est battu comme un diable pour arracher à ses créanciers européens et internationaux un assouplissement de la rigueur budgétaire imposée à son pays. Il n’a pas obtenu, et loin de là, tout ce qu’il avait cru pouvoir obtenir. Dans un rapport de forces qui lui était totalement défavorable car on n’est jamais plus fort que son banquier lorsqu’on lui doit tant d’argent, il a dû faire une croix sur beaucoup de ses ambitions mais ce n’est pourtant pas en vain qu’il a bataillé.

C’est grâce à lui - le principe en est désormais acquis - que la Grèce pourra mieux étaler ses remboursements qui pèseront ainsi moins sur ses possibilités d’investissement. La Grèce a obtenu un nouveau prêt d’importance et, moins étranglée qu’elle ne l’était, elle conserve l’euro et reste dans l’Union.

Alors évidemment, à l’étranger, de loin, cela déçoit beaucoup de ceux qui s’étaient initialement enthousiasmés pour Alexis Tsipras et qui le considèrent aujourd’hui comme un pleutre, voire un traître. A Athènes également nombre de ses amis d’hier ont rompu avec lui mais les Grecs ont tranché en renouvelant leur confiance à ce jeune Premier ministre qui avait choisi de revenir devant eux présenter son bilan et ce n’est pas lui qui a été désavoué mais les dissidents de cette nouvelle gauche qui ont pris ce qu’on appelle une veste.

Il y a là une bonne, une très bonne nouvelle et pour la Grèce d'abord car, contrairement aux deux grands partis de droite et de gauche qui s’y partageaient le pouvoir, en alternance, depuis si longtemps, Alexis Tsipras et son parti ne sont liés à aucune clientèle ou groupe d’intérêts et pourront donc tenter de mener les réformes dont ce pays, en tout état de cause, dette ou pas, a grandement besoin.

C’est une bonne nouvelle, ensuite, pour les gauches européennes et donc pour les démocraties européennes qui ont besoin d’une gauche et d’une droite fortes, car ces nouvelles gauches dont Alexis Tsipras est la figure de proue s’ancrent, avec lui, dans une bataille pour la croissance et la justice sociale qui ne passe pas par l’incantation mais par l’appréciation des rapports de force, la persévérance et la mobilisation d’électeurs venus d’horizons très divers.

Et puis, enfin, c’est une bonne nouvelle pour l’unité de l’Europe car c’est elle, au bout du compte, que les Grecs ont réélue hier pour la bonne raison que, mauvaises politiques européennes ou pas et elles ne sont pas bonnes, leur intérêt était d’être dans l’Union, pas en dehors.

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