L’un et l’autre étaient sombres, d’une poignante gravité.

A sept mille kilomètres l’un de l’autre, le pape aux rencontres interreligieuses d’Assise, Barack Obama devant l’Assemblée générale des Nations Unies, ont tous deux dénoncé hier l’indifférence au drame des réfugiés.

« Nous devons nous représenter ce que cela serait si cela arrivait à nos familles, à nos enfants », a dit le président américain. « L’indifférence est le virus d’un nouveau paganisme », a dit François en comparant « la froideur » de ceux qui refusent d’entendre l’appel à l’aide des victimes des bombardements à la « facilité » avec laquelle on zappe devant son téléviseur.

Visible, leur émotion était profonde et d’autant plus notable qu’à la même heure ou presque Donald Trump, l’homme qui pourrait être élu président des Etats-Unis dans un mois et demi, parlait des réfugiés syriens comme du « cheval de Troie » du terrorisme, mêlant migrants et terroristes, ceux qui tuent et ceux qui fuient la mort, comme un seul et même mal qu’il faudrait combattre en fermant les frontières et érigeant des murs.

La simultanéité de ces trois discours est ainsi venue dire la cruauté d’une époque où la compassion est si minoritaire et le rejet de l’autre tellement dominant qu’il s’impose aux gouvernements, en Europe comme aux Etats-Unis. Nous savons que chaque jour des familles entières périssent en Méditerranée et, coupable d’avoir voulu les accueillir, Mme Merkel recule à chaque scrutin allemand et perd de son influence en Europe. Nous savons que Bachar al-Assad a préféré faire de son pays un cimetière plutôt que de perdre le pouvoir mais il y a beaucoup d’Occidentaux, Américains et Européens, pour applaudir Vladimir Poutine d’avoir volé au secours d’un boucher promu au rang de rempart contre la terreur.

Le constat est simple : la peur est aux commandes.

Mauvaise conseillère comme on le sait depuis toujours mais l’oublie constamment, la peur est aujourd’hui le sentiment le mieux partagé des Occidentaux qui craignent tout à la fois le terrorisme venu d’ailleurs et la concurrence des pays émergents qui ferme leurs usines, menace leurs protections sociales et fait monter le chômage et baisser leur niveau de vie.

L’étranger redevient l’ennemi et les nouvelles extrêmes-droites surfent si bien sur ces peurs qu’elles fixent désormais les termes du débat politique, que Donald Trump n’est plus qu’à un point d’Hillary Clinton, que Mme Le Pen se voit déjà présidente, que les islamophobes néerlandais caracolent en tête de sondages et que Vladimir Poutine devient toujours plus un modèle à suivre pour toujours plus de gens.

La vague est si puissante que Barack Obama s’en est pris hier, dans ce même discours, à la progression d’un « populisme grossier » dont la montée accompagne, a-t-il dit, celle d’un « capitalisme sans âme » car « un monde dans lequel 1% de l’humanité concentre autant de richesses que les 99% restants ne sera jamais stable ». C’était dire que la stabilité n’est pas pour demain.

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.