Aussi incroyable que cela puisse paraître, il reste une poignée de pays dans le monde qui ne reconnaissent pas diplomatiquement la Chine populaire. Le Salvador était de ceux-là... jusqu'à cette fin du mois d'août.

Le Salvador vient d'établir des relations diplomatiques et politiques avec la Chine
Le Salvador vient d'établir des relations diplomatiques et politiques avec la Chine © Getty / Sheng Jiapeng/China News Service/VCG

Le Salvador a établi des relations diplomatiques... avec la Chine !  Ça paraît incroyable, mais jusqu'à présent cette petite nation centre-américaine de 6 millions d'habitants, ne reconnaissait pas Pékin comme étant la vraie Chine. En lieu et place San Salvador n'avait de liens diplomatiques qu'avec Taïwan, l'île rebelle.

En fait, il reste 17 pays dans le monde qui, comme le Salvador jusqu'à hier donc, sont dans cette situation. Parfois depuis très longtemps : pour le Salvador, par exemple, cela faisait presque 60 ans que son ambassade était situé à Taipei et pas à Pékin.

L'affaire remonte en fait à la fin de la seconde guerre mondiale : les Communistes de Mao Tse Toung chassent les nationalistes de Tchang Kaï-chek de Pékin qui s'installent à Taïwan. A partir de cet instant une guerre de reconnaissance diplomatique va s'installer.

Une guerre de 70 ans qu'est en train de perdre Taïwan

Sous nos yeux ! 5 pays en 2 ans ont reconnu Pékin. En mai dernier, c'est la République dominicaine qui cédait aux sirènes de Pékin. Il faut dire que la Chine a des arguments irrésistibles : 820 millions de dollars maintenant et 3,2 milliards dans les 5 ans !

Taïwan ne peut plus suivre. Quels sont les pays qui reconnaissent encore Taïwan plutôt que Pékin ? Avant tout des petites nations caraïbes, pacifiques ou centre-américaines, comme Kiritati, le Belize ou Sainte Lucie mais aussi le Swaziland ou le Nicaragua.

Le Nicaragua qui en a même fait un axe de politique étrangère en exerçant un chantage assumé, c'est-à-dire en faisant monter les enchères depuis plusieurs années. Et il reste le gros morceau, le joyau de la couronne diplomatique taïwanaise : le Vatican !

Il reste le Vatican 

Non ! Mais pour le coup, il y a un vrai enjeu : la reconnaissance diplomatique de Pékin par le Vatican nécessite la signature d'un concordat qui, par exemple, permettrait à Rome de nommer des évêques et des cardinaux, comme partout dans le monde.

Or Pékin refuse l'idée qu'une puissance étrangère puisse nommer des responsables même religieux sans son aval. Il y a donc en Chine une double hiérarchie catholique : une approuvée par Pékin et une autre, « in pectore », c'est-à-dire secrète, décidée à Rome.

Blocage total, même si le pape François s'est promis de régler cette question. Mais au delà de ces arguties diplomatiques, presque comiques si elles n'entrainaient des arrestations de catholiques fidèles à Rome en Chine, il y a la façon dont Pékin négocie.

Pékin joue la montre...

Et ce depuis toujours ! Pékin n'a qu'une seule stratégie diplomatique : le temps et la constance. Cela fait 70 ans que pays par pays, la Chine prive Taïwan de reconnaissance diplomatique. De la même façon, Pékin fait payer à l'Occident les « traités inégaux ».

Des traités signés avec une Chine affaiblie au 19e siècle et qui ont ouvert, pour Pékin, ce qu'elle appelle « le siècle de l'humiliation ». Pour l'effacer cette humiliation, il a fallu récupérer Hong-Kong à la fin du siècle dernier, puis restaurer la puissance chinoise.

On en est encore là ! Alors vous imaginez bien que face à une telle constance, la diplomatie court-termiste des Etats-Unis paraît bien fragile ou en tout cas, frustre. Il n'y au fond que le Vatican qui boxe dans la même catégorie, celle du temps long, très long.

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