Les socialistes auraient pu être plus nets et plus francs. Ils auraient pu ne pas se contenter de laisser voir qu’ils prenaient un tournant mais le dire et en expliquer les raisons afin qu’elles puissent être débattues et comprises. Tout est, en est mot, loin d’être parfait dans le projet de déclaration de principes – 21 points en tout – que le Parti socialiste vient de publier, hier, mais ce texte a pourtant un immense mérite. Il rompt avec ce double langage que les socialistes ont tellement pratiqué, langage des meetings et langage des ministères, références obligées aux mythes fondateurs et pragmatisme des décisions. C’est maintenant dit : le parti socialiste est un parti « réformiste qui veut contribuer à changer la vie par la loi et le contrat ». Le mot qui n’y est plus est évidemment celui de « révolution » et c’est tant mieux car elle n’est jamais qu’un échec de la réforme, un accouchement de l’Histoire aux forceps qui se paie de décennies de tourments, d’horreur et de sang – une chose à éviter et non pas à souhaiter. Ce n’est qu’un changement de vocabulaire et non pas de pratique. Dès lors que les socialistes avaient refusé à leur congrès de Tours de rejoindre l’Internationale communiste créée par Lénine, ils avaient répudié, de fait, l’idée du Grand soir il y a presque un siècle mais, de crainte d’être accusés de trahison par les communistes et de répudier, aussi, leur filiation avec les débuts du mouvement ouvrier, ils n’avaient toujours pas abandonné cette référence à « l’espérance révolutionnaire » que l’on retrouvait encore, dans leur avant-dernière déclaration de principes, en 1990. Seuls les mots changent mais les mots comptent en politique et la préservation du mythe révolutionnaire empêchait, en l’occurrence, les socialistes français de développer un réformisme conséquent. Puisqu’on était révolutionnaire dans les textes, on pouvait se permettre de n’être, en pratique que gestionnaire du présent et là, l’audace vient aux socialistes. D’un coup, ils abandonnent leur productivisme traditionnel au profit du développement durable ; se définissent comme « décentralisateurs » ; se réclament clairement de "l’Europe politique" et plaident, contre les libéraux, la revalorisation du rôle de l’Etat, non plus d’un Etat propriétaire mais d’un Etat régulateur « privilégiant l’investissement productif au détriment de la rente », assumant la « redistribution des richesses » et ayant pour rôle de « concilier l’économie de marché, la démocratie et la cohésion sociale ». On attend maintenant les propositions. C’est sur elles qu’il faudra juger le PS mais il s’est mis là en situation de pouvoir, désormais, négocier un programme commun avec les autres grands partis de gauche européens, un programme pour l’Union qui permettrait à la gauche européenne de prendre, par les urnes, les commandes à Bruxelles et d’y changer les priorités. Il n’y a que comme cela, à l’échelle continentale, que la gauche pourrait renverser les rapports de force actuels et le premier intérêt de cet aggiornamento socialiste est d’en ouvrir et permettre la perspective.

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