Si ce n’était pas l’horreur, ce serait un cas d’école. Dans la tragédie du Sri Lanka, tout fait comprendre pourquoi l’émotion internationale peut avoir des géométries aussi variables ; pourquoi le manichéisme rend rarement compte d’un conflit et pourquoi l’ingérence humanitaire est plus belle sur le papier que praticable sur le terrain. A l’heure qu’il est, au large de la côte méridionale de l’Inde, l’armée de cet Etat insulaire qui s’appelait Ceylan au temps de l’empire britannique développe son offensive, dans le nord, contre le réduit sécessionniste de la minorité tamoul. Les bombes pleuvent. Dans les hôpitaux, ou ce qu’il en reste, les cadavres s’entassent et les blessés se vident de leur sang sans que personne ne puisse rien pour eux. Des chiffres, pour dire la situation ? Il en circule mais aucun n’est fiable car ni le Comité international de la Croix Rouge ni les journalistes ne sont autorisés à pénétrer dans cette zone de combats. La seule chose dont on soit sûr et qu’il y a, là-bas, sur 20 km2, quelques 200 000 civils qui ne peuvent plus fuir que par l’Océan indien, sur des coquilles de noix, bateaux de pêche ou radeaux. Pas de chiffres, très peu d’images, un petit pays lointain dont le nom même est mal connu – les télévisions ont du mal à parler de ce drame qui fait d’autant moins une grande cause que le conflit est complexe. Au lendemain de l’indépendance, en 1948, les partis sri lankais, gauche et droite, ont eu à cœur d’affirmer une identité nationale, forcément celle de la majorité, cinghalaise et boudhiste, les trois quarts de la population. Cela s’est fait au détriment de la principale minorité, tamoule, majoritairement hindoue et très lointainement venue de l’Inde. Une affaire de minorité opprimée, donc, comme la décolonisation en fit naître tant ? Oui, mais les mouvements tamouls ont eu recours à une telle violence, depuis plus de trente ans, qu’ils se sont isolés sur la scène internationale. Les « Tigres tamouls » se sont fait cataloguer terroristes, surtout depuis qu’ils ont assassiné, en 1991, Rajiv Gandhi, l’ancien Premier ministre indien coupable d’avoir prêté main forte au gouvernement sri lankais. Faisant régner une discipline de fer dans leurs régions, les victimes sont devenus bourreaux et il n’y a plus personne pour soutenir la population tamoul parce que le conflit n'est pas un enjeu stratégique et que ces éclatements de petits pays suscitent plus d’inquiétude que de sympathie. Ce n’est pas que les grandes capitales ne fassent rien. Elles appellent à un cessez-le-feu qui permettrait d’évacuer les civils mais le Sri Lanka ne veut pas relâcher sa pression car il sent la victoire proche et que pourraient faire l'ONU, l'Europe ou les Etats-Unis ? Intervenir ? Prendre en main ce pays, au nom de l’ingérence humanitaire ? La réponse est dans la question.

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