Les choses bougent, décidément, en Europe centrale. Après le dégel polono-russe, c’est maintenant l’Ukraine et la Russie qui se rapprochent, refermant près de dix années de crise. Aux termes d’un accord signé, hier, par leurs présidents, l’Ukraine a accepté de prolonger de 25 ans les facilités qu’elle accorde à la flotte militaire russe dans son port de Sébastopol et la Russie lui a garanti, en échange, un tarif préférentiel, et très avantageux, sur ses livraisons de gaz. Chacun y gagne. C’est un bon compromis pour les deux pays mais également une bonne nouvelle pour tout le continent européen qui voit se dissiper, là, deux dangers pour sa stabilité économique et politique. L’Union européenne, d’abord, importe près du quart de sa consommation de gaz de Russie. Ce gaz transite, pour l’essentiel, par l’Ukraine et l’Union avait souffert, l’an dernier, de la bataille sur le prix du gaz russe livré à Kiev car, en coupant ses livraisons aux Ukrainiens, la Russie avait, par là même, ralenti jusqu’à la rupture ses livraisons aux 27. Une incertitude continuait de planer sur les approvisionnements russes de l’Union et elle est maintenant levée puisque les prix payés par l’Ukraine sont désormais garantis à long terme. Quant à l’affaire de Sébastopol, elle était encore plus préoccupante car ce port est situé sur la péninsule de Crimée, région historiquement russe mais cédée à l’Ukraine par Nikita Khrouchtchev en 1954, à une époque où ces modifications de frontières entre deux Républiques soviétiques membres de la même Union – l’URSS – n’étaient que symboliques. La Crimée est peuplée de Russes et de russophones. Elle se sent russe et, si l’Ukraine avait voulu en faire partir la marine russe en 2017, à l’expiration du bail dont elle y bénéficie, la Crimée aurait sans nul doute fait sécession avec le soutien de Moscou et créé, au cœur du continent, une situation difficilement maîtrisable. Beaucoup le diront, mais non. Tout cela signifie que l’Ukraine et la Russie retrouvent des relations qui ne peuvent être qu’étroites parce que leurs économies sont complémentaires, que le berceau de la Russie est l’Ukraine, qu’une moitié de la population ukrainienne est russophone et que les mariages mixtes sont si nombreux et depuis si longtemps qu’une multitude de Russes sont Ukrainiens, comme l’était Khrouchtchev, et l’inverse. Ces deux pays ne pouvaient pas rompre leurs liens sans de graves et inutiles conflits mais c’est à l’Union européenne que le nouveau président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, avait réservé sa première visite après son élection de février dernier. L’Ukraine négocie un accord d’association avec l’Union. Elle peut devenir une plaque tournante, un pont, entre l’Union européenne et la Fédération de Russie qui, parallèlement, cherchent à définir entre elles un équilibre continental sous la triple égide du président russe, Dmitri Medvedev, de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel. Ce rapprochement avait été longtemps freiné par la Pologne mais, maintenant qu’elle se rapproche elle-même de Moscou, ce ne devrait plus être le cas.

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