Hier, les députés et les sénateurs argentins ont adopté une loi qui ferait rêver ici la gauche de la gauche.

Par Anthony Bellanger.

Ce matin, l'Argentine…

Qui n'est pas le plus simple des pays à commenter et à comprendre, croyez-moi. Je vous donner un exemple pile dans l'actu argentine. Hier, les députés et les sénateurs argentins ont adopté une loi qui ferait rêver ici la gauche de la gauche.

Imaginez : lors d'une session parlementaire enthousiaste, les parlementaires argentins ont décrété, à la demande de 5 organisations syndicales, « l'urgence sociale » jusqu'en décembre 2017.

L'urgence sociale, ça veut dire interdiction des licenciements dans le public comme dans le privé. En clair, un salarié ou un fonctionnaire licencié devra soit être immédiatement réintégré, soit obtenir le doublement des indemnités légales de licenciement.

Le problème, c'est que c'est un coup pour rien : le nouveau président Mauricio Macri a immédiatement opposé son veto à cette loi en expliquant que ce genre de mesures avait déjà été testées, c'était en 2002, et qu'elles avaient détruit des millions d'emplois.

Visiblement tout est politique en Argentine...

Vous n'imaginez pas à quel point ! Et plus encore qu'en France, qui est aussi un pays politique. Ce qui rend tout commentaire suspect. Un autre exemple : le président actuel décide de licencier un quart des fonctionnaires de la bibliothèque nationale d'Argentine.

Scandale ! C'est la culture qu'on assassine ! C'est même Borgès qu'on étouffe en son temple, puisqu'il a dirigé cette bibliothèque pendant 18 ans. Sauf que le gouvernement précédent avait triplé les effectifs de cette même bibliothèque en y plaçant les siens.

Encore un exemple : Mauricio Macri, l'actuel président donc, apparaît dans les Panama Papers. Lui et sa famille ont créé une véritable usine à gaz de sociétés écrans et de comptes bancaires offshores pour clairement échapper au fisc argentin.

Scandale ! Démission ! Sauf que de l'autre côté, on ne fait guère mieux : un ami de l'ex présidente, Cristina Kirchner, qui s'appelle Lázaro Báez, a créé une entreprise en 2003 à partir de rien et a obtenu en 10 ans de kirchnérisme plus de 4Mds$ de contrats d'Etat.

Ce que vous dites, c'est « tous pourri, balle au centre... » ?

En fait, non. Ce que je dis, c'est qu'il faut regarder l'évolution de la démocratie argentine sur une plus longue période et avoir un peu foi dans l'histoire de ce grand pays. Je m'explique. L'Argentine a connu une des dictatures les pires d'Amérique latine.

30 000 morts et disparus, des milliers de torturés et une armée toute puissante. Trente ans plus tard, les militaires sont définitivement rentrés dans leurs casernes et réduits à quantité politique négligeable. Et ça, on le doit plutôt à la gauche argentine.

De la même façon, le péronisme, qui est une sorte de populisme de gauche incarné par un homme ou une femme providentielle. On pense à Evita Perón mais aussi à Cristina Kirchner. Ce péronisme là, est en net recul. Et ça on le doit plutôt à la droite argentine.

Enfin, il est désormais possible d'être à la fois péroniste et de dénoncer la corruption des Kirchner ou libéral et de se sentir trahi par l'affairisme des Macri. Dans les 2 cas, c'est la démocratie et le débat qui s'enracine sans retour possible aux bruits de bottes.

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