Le référendum prévu aujourd’hui pour approuver le pouvoir quasi-éternel du Président russe a dû être reporté pour cause d’épidémie. Coronavirus plus chute du prix du pétrole, Poutine ne manque pas de problèmes, mais reste tout-puissant.

Vladimir Poutine à la télévision russe pour annoncer que la Russie était touchée par le coronavirus et devait se confiner, après avoir cru y échapper.
Vladimir Poutine à la télévision russe pour annoncer que la Russie était touchée par le coronavirus et devait se confiner, après avoir cru y échapper. © AFP / Tom Grimbert / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Ce 22 avril devait être un jour important en Russie : la population devait approuver par référendum la réforme qui permettra à Vladimir Poutine de rester au pouvoir jusqu’en 2036 ! Mais le coronavirus est venu faire dérailler ce plan, et reporter le vote sine die. 

Même chose pour le défilé militaire du 75ème anniversaire de la victoire sur le nazisme, le 9 mai, événement prestigieux auquel avait été invité Emmanuel Macron. Non seulement le défilé a été annulé, mais les 15 000 soldats qui ont participé aux répétitions ont été placés en quarantaine car plusieurs d’entre eux ont contracté le covid-19.

Ce ne sont que des symboles, mais les symboles sont importants au pays de Vladimir Poutine. Début mars, la Russie donnait le sentiment d’avoir été largement épargnée par la pandémie, fermant très tôt sa longue frontière avec la Chine, pourtant son alliée, mais l’épicentre de l’épidémie.

Six semaines plus tard, les rôles sont inversés, la Chine contrôle soigneusement sa frontière nord, après la découverte d’un foyer de coronavirus, visiblement venu de Sibérie. La ville de Harbin, longtemps russe, est aujourd’hui touchée par une deuxième vague, importée.

La Russie est à son tour confinée, avec plus de 50 000 cas et 400 morts, des chiffres qui ne cessent de grimper : le pic de l’épidémie n’est pas attendu avant plusieurs semaines. Les hôpitaux de Moscou racontent la même histoire qu’ailleurs, un système de santé affaibli par les économies, la course aux respirateurs, des soignants épuisés, un premier médecin mort, une aide chinoise.

Mais ce n’est pas le seul problème de la Russie. La chute brutale du prix du pétrole touche le pays au portefeuille au-delà de ce qu’imaginait Vladimir Poutine lorsqu’il a déclenché la guerre des prix avec l’Arabie saoudite. Il ne prévoyait pas que la demande mondiale s’effondrerait à ce point. Les pertes de la Russie se compteront en dizaines de milliards de dollars cette année.

Mais paradoxalement, la Russie vit depuis six ans au rythme d’une quasi-économie de guerre, depuis que les sanctions occidentales ont été imposées pour riposter à l’annexion de la Crimée en 2014. Elle a pris un tour plus autarcique, et affirme avoir des réserves lui permettant de tenir six ans avec un pétrole très bas. 

Vrai ou faux, le problème de Poutine est moins l’économie mondiale que la situation domestique. Avec l’économie russe à l’arrêt, les amortisseurs sociaux sont faibles, et malgré les promesse du Président de payer tous les salaires, l’argent arrive au compte-goutte. La souffrance sociale menace.

Vladimir Poutine est donc dans une situation paradoxale. Le président russe reste hyperpuissant, ses détracteurs sont réduits aux manifestations virtuelles, sans impact, et la prolongation de son pouvoir a déjà été approuvée par le Parlement.

Pourtant, le virus est venu bousculer un pouvoir absolu, plus encore qu’il ne voudrait l’admettre. Cela le rendra-t-il plus souple, comme l’espérait hier un diplomate occidental ? Ca n’est pas vraiment dans sa nature de faiblir dans l’adversité.

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