Xi Jinping et Vladimir Poutine participeront aujourd’hui au Sommet en visioconférence sur le climat organisé par Joe Biden. Ce qui n’empêche pas les relations entre les États-Unis et un axe Moscou-Pékin d’être au plus mal.

Centrale à charbon dans le nord-est de la Chine. Pékin s’est engagé à atteindre le pic de ses émissions à gaz de serre en 2030.
Centrale à charbon dans le nord-est de la Chine. Pékin s’est engagé à atteindre le pic de ses émissions à gaz de serre en 2030. © AFP / Wang maoheng / Imaginechina / Imaginechina via AFP

Retenez-bien ce moment, il risque de ne pas se reproduire souvent : Joe Biden, Vladimir Poutine et Xi Jinping à la même tribune - virtuelle toutefois, ce qui facilite la « cohabitation ».

Ce n’était pas gagné, il n’était pas certain que les présidents russe et chinois, dans une phase de confrontation avec Washington, répondraient positivement à l’invitation de Joe Biden pour ce sommet consacré à la crise climatique. Surtout que l’occasion donne le beau rôle à la puissance invitante, les États-Unis, revenus en position de leadership après la parenthèse de Donald Trump.

Ils seront pourtant bien présents, en visioconférence, avec, au total, quelque 40 dirigeants du monde entier invités à préparer les échéances climatiques des prochains mois : la COP26 de Glasgow, et la conférence de Kunming, dans le sud de la Chine, consacrée à la biodiversité.

Il semble donc bien que la question climatique puisse échapper, au moins pour un temps, à la glaciation diplomatique. Et c’est tant mieux pour la planète !

La rivalité des puissances peut avoir un effet positif si elle se transforme en émulation en faveur du climat. Et on risque d’assister à une surenchère d’annonces : l’Union européenne vient de décider d’accélérer le rythme de la baisse des émissions de gaz à effet de serre pour 2030. Joe Biden devrait lui aussi faire des annonces importantes lors du sommet aujourd’hui.

Reste la Chine, premier émetteur de gaz à effet de serre au monde : l’an dernier, Pékin a annoncé pour la première fois son objectif d’un pic d’émissions en 2030, et la neutralité carbone en 2060, dix ans après les autres grandes puissances. Il est possible que Xi Jinping annonce à son tour une accélération aujourd’hui.

Cette émulation est très politique. Personne ne veut être perçu comme celui qui bloque ou freine les efforts internationaux contre le changement climatique. Et la Chine, qui accueille cette année le forum biodiversité à Kunming, est, elle aussi, engagée dans la diplomatie climatique.

On peut donc s’entendre sur le climat et pas sur le reste. A la veille de ce sommet, aussi bien Xi Jinping que Vladimir Poutine ont prononcé de grands discours de portée internationale. Avec le même message adressé aux Occidentaux : l’époque où vous pouviez nous donner des leçons est terminée.

Xi Jinping s’est prononcé pour un « vrai multilatéralisme » dont les règles « ne sont plus définies par un seul pays ou un groupe de pays » - difficile d’être plus clair ; tandis que le président russe mettait en garde les Occidentaux de ne pas franchir une « ligne rouge » dans leurs relations avec la Russie. Le tout sur fond de menaces militaires en mer de Chine et en Ukraine, et même d’annonce, hier, du départ de la Russie de la station spatiale internationale, au profit d’une alliance avec Pékin. 

Il n’y a donc aucune détente entre l’axe Moscou-Pékin décidé à défier l’ordre occidental, et une Amérique remise en selle par Joe Biden dans son rôle de superpuissance. Le climat constitue une parenthèse diplomatique heureuse, avec une seule question : jusqu’à quand ce grand écart sera-t-il possible ?

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