Tout peut encore casser. Il est encore trop tôt pour tabler sur un accord, se réjouir, imaginer la paix, plus beau des cadeaux, au pied du sapin de Noël, mais ce n’est déjà plus impossible. Dès mercredi, les négociateurs israéliens et palestiniens avaient les mêmes mots, « très sérieuses », disaient-ils, pour qualifier les discussions en cours à Washington et tout laisse penser, depuis, qu’on progresse. Hier jeudi, le ministre israélien des affaires étrangères, Shlomo Ben Ami en était à parler de « bases de travail acceptables ». « Le président Clinton, disait-il, nous a présenté les paramètres d’un accord, les marges de manœuvre possibles sur les différents sujets pendants, et nous considérons que la plupart d’entre eux constituent des bases de travail acceptables ». A nouveau le son de cloche était le même côté palestinien, les mots si semblables qu’on pouvait en déduire sans grand risque qu’ils avaient été choisis d’un commun accord. Rien n’est encore réglé mais on tente des deux côtés de trouver l’indispensable compromis sur la basse d’un échange de concessions. Les Israéliens assoupliraient leur position sur Jérusalem, sur une affaire de symbole, émotionnelle, délicate, passionnelle, mais dans laquelle aucun intérêt vital n’est en jeu pour leur pays, tandis que les Palestinien, eux, se montreraient plus accommodants sur la question du retour des réfugiés, principe sur lequel il leur est difficile de transiger mais dossier très négociable en réalité dans la mesure où très peu des Palestiniens de la Diaspora souhaitent réellement s’installer sur la terre de leurs ancêtres. Céder sur Jérusalem eut été impossible pour les Palestiniens. On l’a vu. S’engager à laisser revenir tous les réfugiés eut été dangereux pour Israël. On l’imagine aisément. Chacun s’apprête donc à céder sur ce qui lui fait le moins mal mais est le plus nécessaire à l’autre. Dans cette nouvelle négociation, non seulement les bases de départ sont bonnes mais les motivations sont solides. Ehoud Barak sait parfaitement bien que, sur le chemin de la paix, son pays ne peut plus ni reculer ni rester au milieu du gué, qu’Israël ne peut plus faire comme si les Palestiniens n’existaient pas car il y a des accords signés avec eux, qu’une bonne partie du monde entérinerait très vite la proclamation, même unilatérale, d’un Etat palestinien, qu’il n’y a pas d’autre sécurité à long terme pour les Israéliens qu’une paix en bonne et due forme avec la Palestine. Les Palestiniens savent, eux - ils l’apprennent chaque jour à leurs dépends -, non seulement qu’Israël est militairement plus fort qu’eux mais que leur économie dépend de leur adversaire, que sans les emplois israéliens, la Palestine ne peut pas vivre, que leur sort est lié à celui de l’Etat qu’ils combattent. Par la force, le combat, le sacrifice de leurs enfants, les Palestiniens sont en passe d’obtenir de meilleurs propositions qu’hier sur Jérusalem mais, pour eux, la fenêtre est étroite. Ou bien ils concluent avec Ehoud Barak et lui permettent de se faire réélire ou bien ils se retrouvent face à la droite israélienne - pour leur plus grand malheur, et celui d’israël. A Washington, on négocie au bord du gouffre. C’est ce qui est encourageant.

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