La donne change, du tout au tout. Après huit mois de chaos en Irak, Georges Bush parait si bien reprendre la main qu’on s’achemine peut-être vers un retournement dont les conséquences seraient aussi durables que profondes. Ce n’est pas que cette reddition du colonel Kadhafi marque en elle-même un changement majeur et, moins encore, qu’elle soit due au renversement de Saddam Hussein. Dernière incarnation du pan-arabisme et de la révolution tiers-mondiste, plus grand terroriste, et de loin, de tous les chefs d’Etat ayant directement commandité des attentats de masse, non seulement le « guide de la révolution » avait renoncé depuis longtemps à subvertir le monde mais il y a plusieurs années déjà qu’il cherchait à monnayer la survie de son régime asphyxié par les sanctions internationales. Ce n’est pas non plus que l’Iran ait plié le genou devant les Etats-Unis en acceptant, jeudi, l’inspection de ses sites nucléaires. Cet accord, c’est au contraire l’Europe - France, Allemagne et Grande-Bretagne unies - qui l’avaient négocié, contre l’avis de Washington, en faisant comprendre aux ayatollahs qu’ils risquaient, en le refusant, de se trouver totalement isolés. Ce n’est enfin pas que l’arrestation de Saddam Hussein prive les groupes armés irakiens d’un chef que ce fugitif n’était pas. Aucun de ces trois événements n’est en lui-même décisif. Aucun n’est un coup de théâtre. Aucun n’est une victoire américaine ni ne légitimise, à posteriori, l’entrée en guerre des Etats-Unis mais leur addition, oui, change la donne car si tout conspirait, hier, à nuire à Georges Bush, tout lui sourit aujourd’hui. L’homme qu’il était allé renverser à Bagdad mais qui lui échappait depuis huit mois est désormais entre ses mains. L’Iran n’est plus en passe de se doter d’armements nucléaires et ce colonel libyen qui avait fait sauter en plein vol un avion de ligne américain a fait soumission. Ce sont là des faits et, outre qu’ils sont tous positifs, ils profitent directement à l’Amérique qui voit là trois de ses adversaires mis hors d’état de nuire. Georges Bush a, dans ces conditions, de meilleures chances que jamais d’être réélu en novembre prochain. Plus personne ne peut, en tout cas, tabler sur sa défaite, d’autant plus improbable que l’économie américaine est en bonne forme, que le procès de Saddam Hussein établira, bientôt, l’ampleur de ses crimes et que, d’ici l’été, un gouvernement irakien sera mis en place à Bagdad et que des soldats américains commenceront à rentrer au pays, fût-ce en petit nombre. D’un coup, l’horizon s’éclaircit pour la Maison-Blanche et cela signifie trois choses. La première est que les capitales arabes, Damas en tête, vont maintenant se disputer les faveurs de Washington. La deuxième est que, même continuant de frapper, le terrorisme n’apparaîtra plus comme une force ascendante. La troisième est que les pays européens les plus proches des Etats-Unis se sentiront justifiés dans leur choix, du côté du manche, et seront moins que jamais disposés à faire des concessions à la FrancAllemagne, à se rallier à l’idée d’une Europe politique, faisant contrepoids aux Etats-Unis. Ce qu’un retournement de situation a fait, un autre peut le défaire mais, à l’heure d’aujourd’hui c’est déjà noël pour Georges Bush.

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