Edition spéciale suite à la libération hier des deux otages français après 124 jours de détention en Irak. En conséquence, certaines chroniques sont supprimées et Stéphane Paoli reçoit différents invités. 7H15 -Eric Dénécé, Directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). -Bruno Etienne, Directeur de l’Observatoire du religieux à Aix en Provence, Spécialiste de l’islam. 7H45 -Chronique de Pierre Le Marc. -Hubert Védrine, ancien Ministre socialiste des Affaires Etrangères. -Chronique de Caroline Cartier. 8H15 -Chronique de Bernard Guetta. 8H20 -Question directe avec Rachid Khalidi (en direct de New York), Directeur de l’Institut du Moyen Orient à l’université Columbia. 8H40 -Radiocom avec Jean-Paul Cluzel, PDG de Radiofrance, Gilles Schneider, directeur de France Inter, Antoine Perruchot, correspondant au Caire et Jean-Marc Four, correspondant à Londres. Chronique de Bernard Guetta : Pourquoi quatre mois ? Très vite, leurs geôliers avaient décidé de ne pas les tuer. C’était assez clair pour que jamais, les autorités françaises n’aient totalement perdu espoir mais, alors, pourquoi cette libération aura-t-elle pris si longtemps ? Ce drame commence lorsque Christian Chesnot et Georges Malbrunot s’égarent sur la route de Bagdad à Nadjaf. Ils se font remarquer, suivre, enlever mais leurs ravisseurs ignorent encore qu’ils sont français. Or des journalistes français n’intéressent guère les preneurs d’otages. Ce qu’ils recherchent, c’est soit des ressortissants d’un des pays de la coalition américaine, soit des gens travaillant pour elle, à quelque niveau que ce soit, de l’employé irakien au contractuel étranger. Bien que leur pays n’ait pas pris part à cette aventure, les camionneurs turcs ont ainsi une valeur pour eux du seul fait qu’ils sont un rouage de l’économie irakienne, que leur assassinat peut contribuer à semer un peu plus de chaos, mais des Français ? Au départ, pardon de la brutalité des termes, il y a erreur sur la marchandise mais l’Armée islamique, le groupe qui les enlevés, est hétéroclite, composé d’islamistes illuminés et d’anciens partisans de Saddam, de deux courants totalement différents mais que l’intervention américaine a, malheureusement, réunis. Les djihadistes s’avisent alors, car ils circulent en permanence sur Internet, qu’on ne parle que de deux choses en France en cette fin d’août, de cet enlèvement et de la loi sur les signes religieux dans les écoles. La France est donc l’ennemie de l’Islam. Ils vont donc se servir de ces journalistes pour faire triompher la foi en obtenant l’abrogation de cette loi. La France ne peut évidemment pas céder mais que faire ? Dominique de Villepin décide de mobiliser les organisations musulmanes françaises. Elles répondent toutes à son appel, envoient des représentants dans la région et défendent leur pays auprès de tous les courants de l’Islam tandis que Michel Barnier et toute la diplomatie française mobilisent, pour leur part, les dirigeants arabes. Dès lors - c’est le second temps du drame - la France se retrouve dans cette affaire, sans même l’avoir voulu, dans la logique de son positionnement arabe qui consiste à tout faire, contrairement aux Etats-Unis, pour séparer les musulmans des islamistes et les islamistes des terroristes. Grâce à l’ampleur des soutiens musulmans qu’elle reçoit, la France arrête le couteau sur la gorge des deux otages. Elle marque le point décisif, les sauve, mais, de fait, d’un coup, sans que cela ne soit jamais dit, ce drame met face à face deux politiques qui se combattent depuis deux ans autour de l’Irak. La Raison d’Etat est sans pitié. Outre qu’ils sont largement impuissants et qu’il serait même dangereux de s’adresser à eux, la France ne peut compter là ni sur les hommes du Pentagone, ceux qui décident à Bagdad, ni sur les dirigeants irakiens. Elle est seule, seule sur un champ de bataille auquel elle n’est pas partie prenante, sur lequel elle doit prendre et maintenir des contacts secrets et mettre au point un scénario de libération qui ne mette en danger ni les otages ni leurs ravisseurs. Rien n’aurait été possible sans l’unanimité nationale qui a permis cette gageure mais cela demandait du temps.

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