On pourrait croire à des protestations de riches contre l’augmentation du prix de leurs Saab ou de leur Mercedes, mais non. Si des centaines de Russes ont manifesté, ce week-end, à Vladivostok contre l’imposition de taxes sur l’importation des voitures étrangères, c’est que le port de la côte pacifique vit largement du commerce de véhicules japonais d’occasion, bon marché et plus fiables que la Lada nationale mais dont le coût pourrait maintenant augmenter de 50%. Relayé par internet, l’appel à manifester a donc été très suivi, à Vladivostok comme dans plusieurs autres villes de la Fédération, et la police anti-émeutes avait visiblement reçu de strictes consignes. Non seulement ces rassemblements ont été brutalement dispersés mais les policiers ont aussi donné la chasse aux journalistes présents, leur arrachant cameras et appareils photos afin qu’il n’y ait pas d’images susceptibles de susciter une contagion. Le mois dernier, la production industrielle a baissé de près de 11% en Russie. De 8,1% en 2007, le taux de croissance devrait tomber cette année bien au-dessous des 6,8% prévus. Le vice-ministre de l’économie, Andrei Klepach, vient de déclarer que le pays était d’ores et déjà en récession, atteint de plein fouet, bien sûr, par la dégringolade des cours du pétrole et 400 000 Russes ont perdu leur emploi au cours du seul mois de novembre. L’inquiétude est si grande que 40% de la population, contre 24% en septembre, considèrent désormais que les choses vont « dans la mauvaise direction » et si le gouvernement s’est attaqué à ce commerce des véhicules d’occasion japonais qui fait, pourtant, vivre tant de gens, c’est que la production nationale est en péril. Depuis août, les ventes de voitures ont chuté de 28% en Russie. Comme en Europe et aux Etats-Unis, les constructeurs nationaux ont appelé l’Etat au secours et le Premier ministre Vladimir Poutine s’est rendu, vendredi, à Naberejnye Tchelny, la ville des poids lourds Kamaz, pour dénoncer l’achat de voitures importées et annoncer un plan d’aide aux marques russes. C’est l’alerte rouge au Kremlin, alerte économique mais aussi politique, car le pouvoir russe, comme toutes les dictatures, ne dispose d’aucune marge de manœuvre face à l’éventualité de troubles sociaux puisqu’il n’y a ni syndicats dignes de ce nom avec lesquels négocier ni, encore moins, de possibilité d’alternance politique, de canalisation des tensions par les urnes. La répression des manifestations de ce week-end vient ainsi confirmer la nervosité des régimes dictatoriaux face à la récession mondiale. A Téhéran, la théocratie a fait fermer, dimanche, le seul lieu indépendant du pays, le Centre des défenseurs des droits de l’homme animé par l’avocate et Prix Nobel Chirine Ebadi. La veille, le Premier ministre chinois était allé lui-même assurer aux étudiants de l’Université de Pékin que son gouvernement ferait tout pour qu’ils trouvent du travail à la fin de leurs études. « Etudiants, tranquillisez-vous, je vous en prie », leur a-t-il lancé dans ce qui était moins un ordre qu’une supplication.

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