Lors du vote dimanche à Sousse en Tunisie
Lors du vote dimanche à Sousse en Tunisie © Reuters

Ce matin, Anthony Bellanger, vous revenez sur l’élection présidentielle en Tunisie…

Et donc sur la victoire annoncée de M. Essebsi. Il aurait remporté, selon les sondages sortis des urnes, entre 53,8% et 55,5% des voix. Il deviendra donc le premier président de la seconde république tunisienne.

Les Tunisiens ont donc préféré envoyer au palais de Carthage un vieillard de 89 ans plutôt que le sortant, Moncef Marzouki, qui dans les jours qui viennent finira par admettre sa défaite et appeler le vainqueur.

Dans cette affaire, les Tunisiens ont décidément été bien inspirés. En choisissant un vieillard qui n’a plus rien à prouver, ni rien à gagner, ils ont élu une « pape de transition » : un homme qui, raisonnablement, ne fera pas de second mandat.

Une sorte de « père de la patrie » qui fait le lien entre le passé bourguibiste et l’avenir d’un peuple jeune qui à 31 ans d’âge médian. Le peuple français, c’est 10 de plus ! Mais, j’ai l’impression que vous vous ennuyez, Bruno ?

Mais non, pas du tout…

Eh bien vous avez raison, Bruno ! C’est ce qui rend cette élection extraordinaire : ces résultats sont presque aussi ennuyeux à commenter qu’une élection suisse ou néerlandaise. En clair, les Tunisiens ont voté comme des Suisses !

C’est à dire qu’ils ont pesé leur vote, ménagé du suspense pour bien faire comprendre qu’en démocratie rien n’est jamais acquis. Ils ont élus le candidat le plus raisonnable, compte tenu des circonstances, sans humilier son opposant.

La Suisse, je vous dis ! Même le taux de participation est impeccable : depuis 4 ans, les Tunisiens ont connu une orgie d’élections : l’Assemblée constituante, puis des législatives, enfin 2 tours de présidentielle.

Et malgré cela, malgré les menaces d’attentats, malgré la crise économique qui frappe durement le pays, malgré le chômage, malgré la guerre à leurs frontières, 60% des Tunisiens sont allés voter… je le répète, comme des Suisses.

C’est unique dans le monde arabe…

Que ce soit clair, quand je dis que les Tunisiens ont voté comme des Suisses, c’est un compliment dans ma bouche ! Et vous avez raison, c’est unique dans la région. Dans tous les autres pays du printemps arabe, on compte aujourd’hui les morts.

L’Egypte est revenue à une dictature militaire meurtrière, la Syrie est un bain de sang et la Lybie une sorte de trou mort abandonné à des milices rivales. Seule la Tunisie a réussi sa révolution, avec très peu de victimes. Quel exemple !

Pour cela il a fallu un cocktail unique dans le monde arabo-musulman : une armée modeste et sans ambition de pouvoir, des politiques conscients de leurs responsabilités devant l’Histoire et un peuple très politique et donc très mobilisé.

Mais aussi, il faut le souligner, un syndicat puissant : l’Union générale tunisienne du travail, l’UGTT. On ne soulignera jamais assez l’importance dans cette transition de ce syndicat ancien, très populaire et fort de 750.000 adhérents.

Alors bien sûr les défis qui attendent la Tunisie sont immenses. Mais quand on fait preuve d’une telle maturité politique, quand on vote comme des Suisses en somme, on peut regarder l’avenir avec confiance, non ?

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