Contrairement aux Etats-Unis, qui restent focalisés sur leur "America First", les Chinois ont décidé d'offrir leurs vaccins contre la Covid-19 au monde. Un calcul global qu'il veulent payant.

Un vaccin chinois destiné au monde, une manière de redorer l'image de la Chine ?
Un vaccin chinois destiné au monde, une manière de redorer l'image de la Chine ? © Getty / CMB

Je vais essayer de vous montrer comment la Chine est passé du statut d’accusé à celui de sauveur d’une partie du monde et ce, en quelques mois. L’année 2020 a commencé très mal pour la Chine. Souvenez-vous du "virus chinois" de Donald Trump. Puis des accusations, à mon avis justifiées, de mauvaise gestion des débuts de la pandémie de Covid-19. 

Eh bien, quelques mois plus tard, hier pour tout dire, la Chine annonçait être en mesure de distribuer 400 millions de doses de ses 3 vaccins dans le monde.

Entre les deux, Pékin a séquencé le virus, puis a développé avec de l’argent public au moins trois candidats vaccins et s’est mise en quête de pays où les tester – entre autres le Brésil et l’Indonésie – puis le 9 octobre, elle rejoignait l’initiative Covax de l’OMS.

Une initiative mondiale qui a pour but la distribution équitable et universelle des vaccins anti-Covid-19. Une initiative boudée par Washington dont la priorité est le peuple américain : America First. Du pain béni pour Pékin, devenu un bienfaiteur de l’Humanité.

Quels sont les pays favorisés par la Chine dans ce déploiement vaccinal ?

D’abord et avant tout, les pays de son entourage immédiat. C’est-à-dire l’Asie. Partout, la Chine propose ses vaccins : en Thaïlande, en Indonésie, au Laos, au Cambodge, en Malaisie, aux Philippines… Bref partout et sans parfois exiger rien en retour.

Dans la plupart, elle fait simplement avancer l’idée que "la présence des États-Unis en Asie est un choix géopolitique alors que celle de la Chine est une réalité géopolitique". Et en plus, puisqu’il faut des preuves d’amour, le vaccin est là pour les concrétiser.

Certains de ces pays sont plus égaux que d’autres. Sur les 400 millions de doses promises, un tiers ira en Indonésie. Pour une raison majeure : l’Indonésie est le plus grand pays musulman au monde. De quoi faire mentir les accusations d’islamophobie d’État.

Brésil, Indonésie, Egypte... les pays à failles

Au Brésil, la Chine surfe sur une haine très latino-américaine des États-Unis. C’est très habile de la part du Brésil : ça marque une distance avec Washington et montre que le géant de l’Amérique latine se range du côté d’une puissance alternative.

La stratégie est la même dans le monde arabe : la Chine a identifié les pays "faille". C’est-à-dire ceux qui ont besoin de diversifier leurs alliances tout en voulant s’attirer les bonnes grâces de la 2e économie du monde : l’Égypte, le Maroc, les Émirats arabes unis.

Elle en a les moyens industriels : la Chine a prévu de produire 610 millions de doses de vaccins pour 2020 et plus d’un milliard pour les 6 premiers mois de 2021. Et lorsque les pays visés sont encore chatouilleux, elle propose de produire ces vaccins localement. Pékin demande-t-il quelque chose en échange ?

C’est vrai qu’on a appris début novembre qu’en même temps que Pékin promettait à la Malaisie un accès privilégié à ses vaccins, elle demandait la libération de 60 pêcheurs chinois emprisonnés à Kuala Lumpur pour avoir violé les eaux territoriales malaisiennes.

Mais le vrai bénéfice est ailleurs : il s’agit d’influence et d’avenir. D’ailleurs, si l’on ouvre une carte, on se rendra compte rapidement que les pays privilégiés se trouvent pour la plupart sur les routes commerciales empruntées par les vraquiers chinois.

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