En quelques phrases, les premières, Georges Bush vient de définir la « nouvelle ère d’unité transatlantique » qu’il propose à l’Europe. Nous devons, lui a-t-il dit, « mettre l’Histoire en route vers l’espoir, loin du désespoir et de la pauvreté, en marche vers le développement et la dignité de se gouverner ». Sous son premier mandat, il aurait enchaîné en menaçant d’aller briser un nouveau chaînon de « l’axe du mal » mais, là, non. Les temps, l’ordre du jour, le ton, ont décidément changé à Washington et Georges Bush enchaîne bien plutôt, c’est la clé de ce discours d’hier : « Notre plus grande chance (de le faire), notre objectif immédiat, est la paix au Proche-orient, un règlement du conflit israélo-palestinien qui est à portée de main, dit-il, et dans l’intérêt stratégique de l’Europe et de l’Amérique, ajoute-t-il, (car), en contribuant à bâtir une paix durable, nous mettrons terme à une injustice non réparée qui est utilisée pour susciter haine et violence au Proche-Orient ». Ce conflit que la Maison-Blanche avait laissé pourrir pendant quatre ans est, autrement dit, devenu sa priorité stratégique. L’analyse que Georges Bush fait désormais des conséquences de cette guerre est exactement celle que l’Europe en faisait depuis si longtemps. Non seulement Georges Bush parle là européen, mais il parle aussi « d’application de la Feuille de route », du plan de paix qui prévoit un retour aux frontières de 1967, et d’un « Etat palestinien réellement viable avec une continuité territoriale en Cisjordanie car, dit-il, un Etat fait de territoires morcelés ne marchera pas ». Ce n’est pas Gaza seule. Ce n’est pas, non plus, un Etat palestinien en deux morceaux auquel Georges Bush propose aux Européens d’œuvrer de concert. C’est pour la création d’une « Palestine libre » sur l’ensemble des Territoires occupés qu’il s’est engagé hier et ce tournant est capital. Il l’est car, avec l’évolution en cours entre Israéliens et Palestiniens, cela signifie que la paix devient crédible. Il l’est aussi car un tel rapprochement avec les Européens sur un sujet aussi fondamental signifie, parallèlement, que cette « nouvelle ère transatlantique » pourrait vraiment s’ouvrir, non pas faite d’une totale concordance de vues mais de convergences suffisantes à fonder un vrai partenariat, une alliance, un jour, entre égaux. L’Union peut ne pas partager le messianisme de la Maison-Blanche mais dès lors que Georges Bush le tempère de « réalisme » et du temps que requiert toute ambition, il n’est plus qu’une différence, pas une divergence. Les désaccords peuvent persister - c’est le cas - sur les ventes d’armes à la Chine, l’Iran, la lutte contre le réchauffement climatique, le Tribunal pénal international et tant d’autres sujets primordiaux mais cela n’empêche plus un dîner entre la France et l’Amérique, une absolue connivence sur le Liban, un engagement de l’Union à former des policiers et des magistrats irakiens – bref, une unité d’action partout où elle est souhaitable et possible. On le sentait depuis un mois mais il est maintenant évident que Georges Bush a compris qu’il ne pouvait pas tout, tout seul, qu’il avait besoin de l’Europe et d’une Europe unie - de l’Union européenne. C’est une bonne nouvelle pour l’Europe, le monde et l’Amérique.

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