Il est l’organisateur de la plus atroce tuerie commise en Europe depuis la défaite nazie. C’était il y a plus de dix ans, en juillet 2005. Serbes, Musulmans et Croates tentaient alors tous de s’adjuger la Bosnie, République de l’ancienne Fédération yougoslave où leur coexistence avait été longtemps harmonieuse. Les puissances occidentales s’obstinaient, elles, à maintenir l’unité de ce pays qui, pourtant, éclatait comme la Yougoslavie l’avait fait. Cette guerre allait à sa fin mais elle n’avait pas encore connu son pire moment. Le 6 juillet, des troupes serbes commandées par le général Mladic, encerclent la ville de Srebrenica où des milliers de Musulmans des alentours ont trouvé refuge sous protection d’un contingent néerlandais des Nations-Unies. Ces familles sont sous protection internationale mais, le 9, les troupes serbes intensifient leurs bombardements et prennent en otages trente soldats néerlandais d’un poste d’observation avancée sans que quiconque ne réagisse. Le 11 en début d’après-midi quand, enfin, les troupes serbes sont à leur tour bombardées par deux F-16 néerlandais, elles ripostent en menaçant d’exécuter leurs otages de l’Onu et les réfugiés sont purement et simplement abandonnés à leur sort par les troupes censées les protéger. Le 12, sous l’œil débonnaire de Ratko Mladic qui leur distribue des bonbons, les femmes et les enfants sont évacués en autobus tandis que les hommes, les hommes de 12 à 77 ans, sont regroupés par les Serbes qui veulent, disent-ils, les interroger sur des crimes de guerre dont ils se seraient rendus coupables. Glaçante, cette scène annonce la suite. En trois jours, plus de sept mille hommes sont froidement assassinés par les soldats de Mladic qui veut assurer une continuité territoriale entre la Serbie et la partie serbe de la Bosnie. Le 16, des survivants hagards donneront les premiers récits de ce massacre mais, depuis dix ans, malgré son inculpation par le Tribunal pénal international, Ratko Mladic était resté introuvable, très évidemment protégé par ses amis des services secrets serbes sur lesquels il pourrait se montrer dangereusement bavard pour eux. Alors, question : pourquoi la Serbie parait-elle maintenant décidée à l’arrêter ? Parce que le temps a passé, que les passions nationales des guerres yougoslaves s’apaisent, que les Serbes voient la Slovénie prospérer dans l’Union européenne et la Croatie marcher vers l’adhésion tandis qu’ils s’enfoncent, eux, dans le marasme car ils ont été placés en quarantaine à cause de l’impunité de Mladic. Le temps a passé et les Serbes commencent à s’interroger sur les crimes commis en leur nom, crimes auxquels ils n’ont longtemps pas cru car ils se vivent, non sans raisons d’ailleurs, comme les victimes de l’éclatement yougoslave. Le temps a passé. Les assassins d’il y a dix ans bénéficient de beaucoup moins de sympathies à Belgrade et la Serbie aborde surtout de difficiles négociations internationales sur le futur statut du Kosovo, partie intégrante de son territoire mais presque entièrement peuplé d’Albanais qui veulent leur indépendance. Devant cette échéance, la Serbie ne peut plus continuer à braver l’Europe en ne mettant pas la main sur Mladic.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.