Pauvre, malheureuse Italie ! Seulement dix mois après qu’elle eut renvoyé Silvio Berlusconi dans l’opposition, là voilà sans gouvernement. Mis en minorité, hier, au Sénat, dans un vote de politique étrangère, Romano Prodi, son Premier ministre de centre gauche, a du démissionner alors même que l’économie repartait, que de l’ordre était mis dans les finances et que s’amorçaient des réformes de bon sens. « Normal, l’Italie, sa pagaille », pensera-t-on dans beaucoup de pays, mais non. Cette crise a de vraies causes qui ne sont pas qu’italiennes. La première est que, depuis l’affaire irakienne, l’antiaméricanisme, a atteint un tel degré en Italie comme partout dans le monde que l’extension d’une base américaine et l’engagement de 2000 soldats italiens en Afghanistan y suscitaient une vive contestation. Le gouvernement Prodi avait fait valoir que l’intervention en Afghanistan n’avait rien à voir avec la guerre d’Irak, qu’elle était conduite sous mandat de l’Onu, donc légale, et que l’Italie, membre de l’Otan, ne pouvait ni ne devait rompre ses accords militaires avec les Etats-Unis. La contestation n’en avait pas désarmé pour autant et deux sénateurs de la coalition, membres de petits partis communistes issus de l’ancien et puissant PCI, ont préféré leur base à la solidarité gouvernementale. Jusqu’au sein de leurs formations, ils sont maintenant montrés du doigt car ce radicalisme ne sert que Silvio Berlusconi dont les entreprises ont aussitôt connu un rebond en Bourse mais ce qui est défait ne peut être refait. La seconde cause de cette crise, bien au-delà de ce vote, est la confusion de l’échiquier italien. Durant toute la guerre froide, deux grandes forces l’avaient dominé, le parti communiste, cantonné dans l’opposition, et une démocratie chrétienne, attrape-tout et fédérant toutes les droites. Tout était verrouillé. Ces deux forces se combattaient sur tout sauf sur leurs financements occultes quand, soudain, l’écroulement du communisme et l’acharnement de petits juges ont brisé ce statu quo. La démocratie chrétienne a volé en éclats. Le PCI a accéléré une vieille et constante évolution pour se convertir à la social-démocratie mais il n’y a plus, pas plus à droite qu’à gauche, de partis assez puissants pour structurer la scène politique qui ne peut plus s’organiser qu’autour de coalitions trop vastes pour être cohérentes et solides. Avant même leur défaite du printemps dernier, les alliés de Silvio Berlusconi se déchiraient et les petits partis communistes maintenus, la gauche du centre-gauche, viennent de faire tomber Romano Prodi, l’un des rares hommes qui pourrait relancer l’Europe. Comme tant d’autres pays, l’Italie est en quête d’un nouvel échiquier correspondant à des temps nouveaux. Pour l’heure, elle se cherche une nouvelle majorité et va, peut-être, à de nouvelles élections.

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