Sur tous les continents, le Financial Times est le premier quotidien qu’ouvrent, chaque matin, banquiers et hommes d’affaires. De parti pris libéral, austère, indépendant et volontiers moraliste, il n’est pas de journal plus influent au monde et le plus écouté de ses éditorialistes, Martin Wolf, fait la pluie et le beau temps sur les marchés. De l’investisseur aux ministres, rien de ce qu’il dit ne laisse indifférent les milieux financiers et ce qu’il écrivait, avant-hier, est tout simplement terrifiant. S’appuyant sur une étude d’un professeur d’économie de l’Université de New York, Nouriel Roubini, dont il épouse les conclusions en les jugeant « au moins plausibles », Martin Wolf annonce comme une « probabilité croissante » que les actuelles difficultés américaines - la crise des subprime, des crédits immobiliers consentis à des emprunteurs insolvables - pourraient « aboutir à une catastrophe économique et financière ». Il n’y a pas de comparaison historique dans cette analyse. Plus inquiétant encore qu’un parallèle avec 29 et ses banquiers se jetant par les fenêtres de Wall Street avant que la crise ne ruine l’Amérique et une grande partie du monde, Martin Wolf et Nouriel Roubini paraissent évoquer une terre inconnue qu’ils décrivent ainsi : « un cercle vicieux dans lequel une profonde récession accentue la sévérité des pertes financières avant qu’à leur tour l’ampleur et la croissance de ces pertes ne rende la récession encore plus sévère ». En douze étapes, pas une de moins, leur scénario va d’un recul de 20% à 30% des prix de l’immobilier américain jusqu’à l’apocalypse, « pertes, réduction de capital, contraction du crédit, liquidations forcées et ventes en catastrophe d’actifs au-dessous de leur vrai prix ». On serait passé, entre temps, par de nouvelles pertes sur les subprime; le non remboursement de crédits à la consommation, extrêmement développés aux Etats-Unis; un ébranlement des compagnies d’assurances; une dégringolade de l’immobilier industriel et commercial, la faillite d’une grande banque nationale ou régionale; une vague de faillites de grandes sociétés, un effondrement des produits financiers dits « dérivés »; une accentuation de la chute des bourses et un assèchement des liquidités. Faut-il croire à ce scénario ? Ce n’est pas à un chroniqueur très étranger aux logiques financières de le dire mais, outre que Martin Wolf et le Financial Times ne sont pas trop mauvais en la matière et que leurs analyses peuvent avoir, qui plus est, un effet auto-réalisateur, le fait est que l’économie a soudain pris une place dominante dans la campagne présidentielle américaine. L’Irak, l’Iran, le Pakistan, même le terrorisme sont passés au second plan depuis la mi-janvier. Georges Bush lui-même est si inquiet qu’il a fait adopter, dans des délais record, un plan de soutien à l’économie. La Réserve fédérale n’en finit plus de baisser ses taux pour maintenir la croissance mais, comme le souligne Martin Wolf, cette baisse comporte de grands risques de nouveaux reculs du dollar et d’inflation.

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