Lorsqu’il n’y a qu’un seul candidat, ce n’est pas une élection. Un enfant le comprendrait. Les Yéménites le comprenaient tout aussi bien mais c’est pourtant en masse, avec espoir et fierté, qu’ils se sont rendus aux urnes hier, avec le même sentiment, exprimé dans tous les bureaux de vote de Sanaa, qu’aussi étrange qu’il fût, ce scrutin était tout de même leur victoire et une éclatante victoire.

C’en était une, en effet, non seulement celle de la bataille qu’ils ont menée depuis près d’un an pour obtenir le départ de l’ancien président Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 33 ans, mais celle également de la modération et de l’intelligence collective car, pour se débarrasser de ce dictateur sans que le sang ne coule plus encore, ils avaient su accepter un compromis. Le dictateur ne serait ni renversé, ni pendu, ni mis dans le premier avion pour l’enfer. Il se retirerait, officiellement de son plein gré, partirait aux Etats-Unis pour un traitement médical et céderait ses pouvoirs à son vice-président, l’unique candidat d’hier qui recevrait mandat de présider à l’élaboration d’une nouvelle Constitution et à l’organisation d’élections démocratiques sous deux ans.

C’est donc pour approuver ce compromis négocié par l’Arabie saoudite et favorisé par les Etats-Unis qu’ils votaient hier, plébiscitant ce qui est non seulement la chute d’une quatrième dictature en quatorze mois mais également le premier règlement négocié de cet An I des révolutions arabes.

Alors arrêtons-nous un instant sur ce printemps. Après avoir emporté une sympathie générale, il inquiéter toujours plus car ce n’est pas l’harmonie démocratique qu’il a fait naître. Ce n’est partout que tensions, confusion et difficultés économiques aggravées. Ce sera naturellement le cas au Yémen et, quand des élections ont eu lieu, c’est à des islamistes qu’elles ont donné les commandes. De là à se dire que mieux valaient les potentats, il n’y a qu’un pas que beaucoup franchissent, dans le monde arabe comme en Occident. Ces pays n’étaient pas mûrs pour la liberté entend-on murmurer mais la France l’était-elle en 1789 ? Les pays du bloc soviétique l’étaient-ils tous en 1989 ?

La réponse est « non », bien sûr, puisqu’il a fallu près d’un siècle à la France pour se stabiliser dans la République et que tous les anciens pays communistes ne vivent pas encore en démocratie. Quant il y a révolution, on découvre vite qu’entre l’aspiration à la liberté et sa réalisation, il y a un long chemin chaotique mais aurait-il fallu, pour autant, rebâtir la Bastille et remonter le mur de Berlin ? Et l’aurait-on seulement pu ?

La réponse est dans la question puisque, en tout état de cause, révolution il y a et que c’est la liberté qu’il faut soutenir et non pas les potentats qu’il faudrait regretter. Il le faudrait d’autant moins que c’est en se rangeant aux côtés de la liberté que les démocraties pourront l’aider à ne pas s’égarer et accélérer, surtout, l’évolution des islamistes qui, après avoir très massivement rompu avec la violence, se transforment lentement, à la Turque, en partis de gouvernement, conservateurs, thatchériens, réactionnaires mais plus du tout théocratiques car la théocratie, comme le communisme, ça ne marche pas.

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