Chacun des acteurs du conflit syrien a ses raisons, et ses illusions

Bonnes ou mauvaises, chacun a ses raisons dans ce conflit syrien mais quelles sont-elles ? Prenons d’abord les Syriens eux-mêmes, car c’est le plus simple. 

A plus de 60% sunnites, ils vivent depuis bientôt un demi-siècle sous la domination d’un clan familial, les Assad, issu de la minorité alaouite qui est une branche du chiisme. Cette dynastie ne connait qu’une loi, gouverner sans partage aucun et, face à ce clan prédateur et assassin, les Syriens avaient espéré il y a sept ans, dans la foulée des révolutions arabes de 2011, trouver enfin la liberté en multipliant des manifestations pacifiques, inspirées par celles de Tunis et du Caire. 

Bachar al-Assad leur a fait tirer dessus, à la mitraillette. Puis il a fait libérer les plus illuminés des islamistes pour pouvoir dire au monde que c’était lui ou Daesh et tout ce qu’il veut aujourd’hui, c’est restaurer la plénitude de sa dictature familiale. 

Son principal allié, l’Iran chiite, a mobilisé d’immenses moyens financiers et humains pour sauver son régime car il est essentiel pour l’ancienne Perse, perse et non pas arabe, que la Syrie reste gouvernée par des chiites et demeure ainsi l’instrument privilégié de sa projection dans ce Proche-Orient arabe où elle veut retrouver la prééminence régionale qu’elle avait perdue il y a treize siècle, face à l’Arabie que Mahomet venait d’unir sous la bannière de l’islam.

Entre l’Iran et l’Arabie aujourd’hui saoudite, c’est un match retour qui se joue. Ni l’une ni l’autre ne peut perdre  car l’enjeu n’est pas syrien mais régional et dans cet affrontement entre les deux grandes religions de l’islam et leurs puissances tutélaires, la Turquie sunnite avait longtemps fait front avec les autres sunnites jusqu’à ce qu’elle réalise qu’un nouveau Kurdistan autonome pouvait naître, à sa frontière, d’un éclatement de la Syrie et qu’elle ne se range donc aux côtés des Iraniens et des Russes afin de maintenir l’intégrité syrienne. 

La Russie maintenant. Vladimir Poutine s’est engagée en Syrie car il a vu que les Etats-Unis ne voulaient pas mettre une phalange dans ce conflit et qu’il pouvait donc, en s’appuyant sur les Iraniens et Bachar al-Assad, reprendre pied au Proche-Orient d’où la Russie était exclue depuis de longues années.

C’est ce qu’il a fait mais, ce faisant, il est devenu l’otage des Iraniens et du clan Assad dont il lui est désormais difficile de se désolidariser en leur imposant un compromis avant leur complète victoire. A Alep hier, à la Ghouta maintenant, la Russie n’est qu’un auxiliaire des Iraniens. Elle n’a plus rien là d’une grande puissance et c’est pour se redonner de la marge, de l'indépendance vis-à-vis de Téhéran, qu’elle pourrait peut-être – peut-être car c’est encore en discussion – ne pas opposer aujourd’hui son veto à une résolution du Conseil de sécurité demandant un mois de cessez-le-feu. 

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