Personnage historique du djihad français qui avait revendiqué les attentats du 13 novembre, Fabien Clain aurait été tué par une frappe aérienne à Baghouz, dernier réduit de Daesh. Fin d’une dérive de deux décennies qui coïncide avec la fin prochaine du Califat autoproclamé.

Combattant de la force arabo-kurde face au dernier réduit de Daech à Baghouz, dans l’est de la Syrie, le 19 février 2019.
Combattant de la force arabo-kurde face au dernier réduit de Daech à Baghouz, dans l’est de la Syrie, le 19 février 2019. © AFP / Bulent KILIC / AFP

Il y a un peu plus de trois ans, c’est la voix de Fabien Clain et les chants de son frère Jean-Michel qui avaient revendiqué, au nom de Daesh, les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. A l’époque, le Califat autoproclamé de l’Etat islamique contrôlait un territoire de la taille de la Grande Bretagne, à cheval sur la Syrie et l’Irak, et avait réussi à porter la terreur au cœur de la capitale française.

Cette dérive meurtrière a pris fin mercredi dans un réduit d’à peine un demi kilomètre carré dans le nord-est de la Syrie, assiégé, affamé, dans lequel quelques centaines de guerriers endurcis, dont beaucoup d’étrangers, mènent leur dernier combat. La mort serait venue du ciel pour Fabien Clain, dans une frappe de la coalition internationale, agissant visiblement sur la base de renseignements très précis.

Entre ces deux dates, c’est donc une guerre sans merci qui a été menée, et gagnée, contre le dernier avatar du djihadisme. La force de Daesh a été son ancrage territorial, qui a servi d’aimant à des milliers de jeunes musulmans du monde entier, en quête de radicalité. Cette phase est en train de vivre ses derniers jours.

Mais la bascule de Fabien Clain dans l’action terroriste est bien antérieure à la naissance de Daesh. Elle s’étend sur près de deux décennies, depuis sa conversion et sa radicalisation à Toulouse, au début des années 2000, et une action qui l’a conduit en prison dès 2009, bien avant la proclamation du Califat par Abou Bakr Al Bagdadi en 2014 à Mossoul.

Cette élimination sans autre forme de procès d’un homme recherché depuis longtemps tranche avec les discussions sur le sort de centaines de prisonniers aux mains des forces arabo-kurdes qui combattent Daesh, avec le soutien de soldats américains, français et britanniques. 

Ces prisonniers ont des profils divers, certains ont été combattants, d’autres sont des épouses, beaucoup d’enfants aussi. Ils ont cédé aux paroles et aux rêves de rédemption diffusés par des recruteurs zélés comme Fabien Clain lorsqu’il vivait en France, et même après, par une action de propagande pour laquelle il était semble-t-il très efficace.

Que faire de ces prisonniers ? La question empoisonne le débat dans les pays concernés. Le Royaume Uni vient de déchoir de sa nationalité, pour l’empêcher de revenir, une jeune fille de 19 ans partie rejoindre Daesh, une méthode très critiquée dans le pays. Les États-Unis ont eux-aussi empêché le retour d’une autre jeune femme, pourtant détentrice d’un passeport américain.

La France applique le cas par cas, et promet justice et prison pour celles et ceux qui ont violé la loi en rejoignant un groupe terroriste. Ça ne résout pas le problème à plus long terme de leur réinsertion dans la société, et en particulier celui des enfants possiblement traumatisés.

Mais on voit bien que parallèlement à ces débats délicats, la guerre continue pour traquer, et éliminer, les individus jugés les plus dangereux. Le monde n’en a certainement pas fini avec le djihadisme, mais la mort de Fabien Clain marque symboliquement la fin d’une page douloureuse et menaçante de cette histoire.

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