Ce n’est pas seulement un anniversaire que la France et l’Allemagne célèbrent aujourd’hui. C’est également, c’est surtout, un nouveau départ de l’Europe dont nos deux pays reprennent les rênes, décidés l’un et l’autre à y projeter leur ambition, à en faire, autrement dit, une puissance politique. Raison d’Etat commande, l’Allemagne et la France ont besoin de l’Europe comme elles avaient eu besoin de se réconcilier il y a quarante ans, en 1963. Aujourd’hui comme hier, c’est une volonté d’être, un instinct de survie, le désir de retrouver une influence perdue qui les meuvent. Ce sont là de vraies, de solides raisons qui portent en elles une renaissance européenne, encore longue et incertaine mais maintenant voulue, c’est l’essentiel, par Paris et Berlin. Du coup, d’un coup, tout change en Europe mais que s’est-il passé ? Que s’est-il passé pour que Jacques Chirac, naguère si tiède devant l’Europe, parle aujourd’hui d’une communauté de destin avec l’Allemagne et veuille aller, avec elle, plus loin, au service de l’Europe ? La raison en est simple : le monde a changé. A force d’affirmer la puissance américaine, de s’arroger des pouvoirs planétaires et de marteler que l’Onu n’avait d’autre utilité que d’avaliser les décisions prises à Washington, Georges Bush a convaincu Paris et Berlin de faire front. Il leur a ouvert les yeux. La France a vu que son siège au Conseil de sécurité, son dernier instrument de puissance, ne lui donnerait, bientôt, plus grand pouvoir. L’Allemagne a réalisé que, dans un monde unipolaire, même son unification ne lui permettrait pas de se faire réentendre. Pour la France comme pour l’Allemagne, c’était l’Europe ou rien et elles se sont alors regardées. Sortie de son purgatoire, l’une avait repris du poids politique. L’autre en avait perdu car elle n’était plus la seule puissance de l’Union. A l’inverse, l’économie allemande bat de l’aile tandis que l’économie française a rattrapé son retard. Depuis longtemps réconciliés, Français et Allemands sont désormais de force égale. Il n’y a plus, entre eux, de complexe, rien que des intérêts communs. Le calendrier a fait le reste. Jacques Chirac a été réélu au printemps, Gerhard Schröder en septembre. L’un et l’autre avaient les mains libres et cinq ans devant eux. Ils ont mis leurs ministres des Affaires étrangères au travail. Objectif : l’Europe. Date butoir : 22 janvier, quarantième anniversaire du Traité de l’Elysée. C’était un défi mais l’Allemagne et France ne sont pas seulement parvenues à trouver un compromis sur les réformes institutionnelles. Elles n’ont pas seulement repris ainsi le gouvernail de l’Europe. Elles se sont aussi découvertes infiniment plus proches qu’elles ne le croyaient, ont si bien réussi à faire primer leur ambition sur leurs divergences, qu’elles ne parlent plus que de « coopérations renforcées » et d’« avant-gardes » - de la possibilité que certains des pays de l’Union « disposés à aller plus loin plus vite », l’Allemagne et la France au premier chef, le fassent sans attendre que les 25 ne suivent. Elles se voient désormais , ça s'entendra cet après-midi, en centre de gravité de l’Europe élargie et, si tout reste à faire, tout en est changé dans l’Union.

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