Les grandes puissances maintiennent la pression sur l’Iran. Réunies, aujourd’hui, à Berlin, les « 5+1 », l’Allemagne et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité – Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Chine et Russie – devraient adopter de nouvelles propositions de mesures visant à amener la République islamique à renoncer à l’enrichissement d’uranium, autrement dit au premier pas vers l’arme nucléaire. Dès lors que l’ensemble des grandes puissances se mettrait d’accord sur ces propositions, le Conseil de sécurité devrait suivre. Une troisième résolution contre l’Iran pourrait être bientôt adopté à New York mais l’essentiel n’est pas là. Fruit d’un compromis entre les Grands - entre les Occidentaux, d’un côté, qui auraient voulu frapper fort, et la Chine et la Russie, de l’autre, infiniment plus prudentes - ces mesures ne suffiront pas à faire fléchir Téhéran qui, officiellement, ne s’en inquiète guère. Dans les mois à venir, l’Iran ne renoncera pas à ses ambitions nucléaires qu’il jure, au demeurant, ne pas nourrir, expliquant, haut et fort, qu’il veut se doter de centrales et non pas d’armes nucléaires, d’un nucléaire civil et non pas militaire. Rien de fondamental ne devrait changer dans l’immédiat mais, à terme, les choses pourraient, peut-être, bouger. Il n’est pas indifférent que les grandes puissances soient au moins d’accord pour manifester leur inquiétude, dire qu’il y a problème et qu’elles ne sont pas dupes. Cela marque une limite, envoie un signal que les dirigeants iraniens ne peuvent pas ignorer, d’autant moins que leurs divisions s’approfondissent. De loin, on ne voit et n’entend que Mahmoud Ahmadinejad, ce Président de la République qui voudrait rayer Israël de la carte et réunir tous les radicaux de l’Islam derrière l’Iran chiite. Mystique, illuminé, l’homme est profondément inquiétant mais, précisément, il l’est tellement qu’il inquiète aussi ceux qui l’ont fait, cette aille la plus conservatrice de la hiérarchie chiite qui avait assuré son élection, en 2005, pour contrer les deux autres courants du régime, les réalistes et les réformateurs. Non seulement Mahmoud Ahmadinejad a perdu le soutien des plus pauvres qui avaient cru trouver en lui leur défenseur, non seulement les élections locales de décembre 2006 lui ont été défavorables car les conditions de vie se dégradent mais, en septembre dernier, le clergé a porté à la tête de l’Assemblée des experts, son instance suprême, un adversaire déclaré du Président iranien, Hachémi Rafsandjani, partisan d’une entente avec les Etats-Unis. Mahmoud Ahmadinejad en est isolé, affaibli et, à l’approche des élections parlementaires du 14 mars, l’ayatollah Khamenei, le Guide suprême, l’homme fort du régime, l’a publiquement critiqué, hier, pour ne pas avoir assuré l’approvisionnement en gaz des campagnes. Dans un pays qui détient les deuxièmes réserves gazières du monde, 64 Iraniens viennent de mourir de froid, faute de chauffage. L’émotion est immense. C’est un scandale national. Il y a une vie politique en Iran. Elle peut réserver bien des surprises.

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