Comment nier la réalité ? Complet abandon de souveraineté, dès vendredi dernier, au soulagement général, parce que c’était l’urgence, le président haïtien a cédé les commandes de l’aéroport de Port-au-Prince aux Américains. L’argent des secours vient de l’Union européenne et des Etats-Unis. Il faut des soldats américains et des gendarmes européens pour assurer la sécurité des survivants et de leurs sauveteurs, distribuer l’eau et la nourriture, tout remettre en service, tout faire ou presque. Haïti est, déjà, sous tutelle et la suite est écrite. Sauf si ce pays était abandonné à son sort après l’émotion des premières semaines, sauf une telle honte, la tutelle étrangère s’accentuera, inévitablement, car entreprendre la reconstruction, c’est redessiner villes et villages, lancer des appels d’offre, refonder l’économie, faire des choix d’avenir – gouverner, en un mot. L’ingérence humanitaire deviendra économique et politique car, même dans l’Europe d’après guerre, même en France, même en Allemagne, l’aide déversée par le plan Marshal avait mis sous dépendance américaine des Etats anciens, solides, avec des partis et des syndicats puissants et une démocratie rodée de longue date. Haïti est loin de tout cela. Dans un aussi petit pays, aussi faible et démuni, la logique de la solidarité internationale sera de substituer des autorités étrangères à l’autorité nationale parce que les grandes puissances auront une obligation de résultat, sur la durée, et devront, donc, pouvoir décider puisqu’elles seront, au bout du compte, responsables de leur action. On y va parce que la France ne veut pas abandonner un pays francophone à l’influence américaine et que, l’Union européenne, à défaut de savoir devenir un acteur de la scène internationale, sait y dispenser ses aides. C’est parti, parce que l’Amérique n’aime pas voir d’autres pays s’affirmer à ses frontières et que Barack Obama voudrait justifier, là son Nobel, continuer, à redresser l’image des Etats-Unis en en faisant une puissance protectrice et non plus belliqueuse. Cette compétition entre grandes puissances, devrait garantir aux Haïtiens qu’ils ne seront pas abandonnés mais les problèmes ne font que commencer. Devenue, dès 1804, la première République noire de l’histoire et le deuxième Etats indépendant des Amérique après les Etats-Unis, Haïti ne se laissera pas aisément vassaliser, fût-ce pour son bien, par des puissances dont elle n’a eu de cesse de se libérer. Fût-elle humanitaire, nécessaire, indispensable, l’ingérence étrangère sera d’autant moins admise à terme que rien ne se fera en un jour et que l’impatience et les mécontentements se retourneront fatalement contre les décideurs étrangers. Si l’on ne veut pas qu’elle tourne à la catastrophe, la mise sous tutelle d’Haïti ne peut, autrement dit, pas procéder du seul état de fait. Pour qu’elle puisse contribuer à faire repartir ce pays, elle doit être dite, officielle, demandée par Haïti et organisée par les Nations Unies qui fixeraient les conditions, les objectifs et la durée de cette transition vers un retour à la normale. Elle doit être approuvée par l’Assemblée générale et supervisée par le Conseil de sécurité qui donneraient mandat aux Etats-Unis et à l’Union européenne de la conduire.

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