Il y a la réussite, les échecs et, maintenant, beaucoup d’incertitudes. La spectaculaire réussite de ce traité de l’Elysée dont on fête aujourd’hui le 50ième anniversaire est que sa signature n’a pas seulement permis à l’Allemagne et la France de définitivement enterrer un passé de guerres communes dont le souvenir était encore si vif en 1963.

Moins de vingt ans après la fin de l’occupation, les ennemis d’hier ont su nouer aussi un dialogue permanent qui, quelles que soient leurs très nombreuses divergences, n’a jamais été rompu, n’a jamais cessé de se développer et sans lequel l’unification européenne n’aurait jamais progressé à un tel rythme. La création du Parlement, la monnaie unique, le front commun – trop tardif et tout ce qu’on veut – mais le front commun opposé aux séismes du krach de Wall Street et de la crise des dettes publiques, c’est le couple franco-allemand comme l’avaient également été, en politique étrangère, l’opposition aux missiles soviétiques de moyenne portée et à l’aventure irakienne de Georges Bush.

C’est ce traité, ce sont la France et l’Allemagne qui ont substitué un processus d’unification continentale, toujours en cours, à des siècles de guerre qui avaient si longtemps ravagée l’Europe. La nouvelle donne qu’il a créée demeure indispensable à l’Union qui sans elle se déferait vite, mais les échecs de ce traité n’en sont pas moins patents.

La France et l’Allemagne ont, en un mot, échoué à préfigurer à deux ce que devrait être l’Europe. Leurs syndicats, leurs partis, leurs associations professionnelles et culturelles auraient du se faire l’avant-garde d’une unification politique et sociale de l’Europe. Leurs jeunes générations ne communiquent pas dans leur langue mais en anglais. Airbus, même Airbus, ne peut pas faire oublier qu’il n’y a pas de politique industrielle franco-allemande et que l’Europe n’en a donc pas. Quant au rapprochement des politiques étrangères et à l’harmonisation sociale et fiscale, nul besoin – hélas ! – de dire ce qu’il en est.

Faute d’être devenue la FrançAllemagne, la France et l’Allemagne n’ont pas encore su faire de l’Europe, et loin de là, une Union politique et le fait est que le tort en revient beaucoup à la France. L’Allemagne eut aussi les siens mais, sur la longue durée, la constante de la France, sous tous ses présidents, a été de vouloir l’Europe politique, l’Europe-puissance comme elle dit, mais à la condition sine qua non que l’Europe unie soit une France de taille continentale qui lui redonne les moyens de sa grandeur passée.

La France voulait, et veut toujours, l’Europe politique mais ne voulait pas et ne veut toujours pas partager sa souveraineté si cela devait modifier en quoi que ce soit ses politiques et sa vision du monde. Parce qu’elle se croit indispensable -et qu’elle l’est souvent- la France veut absolument l’Europe tout en n’en voulant absolument pas et le fait est que cette contradiction fondamentale la paralyse d’autant plus que l’Allemagne réunie est devenue une force centrale qui ne se laisse plus rien imposer. Bien des signes laissent penser que François Hollande voudra bientôt rompre avec ce blocage mental tenant à l’histoire mais, à ce jour, on n’a encore rien vu venir.

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