Pour Vladimir Poutine, la matinée fut rude et la fin de journée, bien pire encore. Premier coup de tonnerre, le rapport du magistrat britannique chargé d’enquêter sur l’assassinat d’un opposant russe à Londres, en 2006, ne s’avère pas accablant pour lui mais tout simplement dévastateur.

« Le fait que M.Litvinenko ait été assassiné par du polonium-210 fabriqué dans un réacteur nucléaire, écrit d’abord le juge Owen, suggère que MM. Lougovoï et Kovtoun (les assassins présumés) agissaient pour le compte d’un Etat plutôt que d’une organisation criminelle ». « Les preuves que je présente établissent clairement la responsabilité de l’Etat russe », poursuit le magistrat avant d’ajouter : « J’ai découvert que l’opération avait probablement été approuvée par M. Patrouchev mais aussi par le président Poutine ».

Le magistrat accuse, autrement dit, le chef de l’Etat russe et le patron de ses services secrets, du FSB, l’ancien KGB, d’avoir commandité l’empoisonnement d’un opposant en territoire britannique. Vladimir Poutine commence sa journée sous une accusation de meurtre et, pendant ce temps, le cours du rouble continue si bien de dégringoler que la présidente de la Banque centrale de Russie doit annuler sa venue à Davos et convoquer d’urgence une réunion des principaux banquiers du pays.

Peu de chefs d'Etat se remettraient d'une telle journée mais la Russie est ce qu’on appelle une « démocrature », l’apparat de la démocratie et la réalité d’une dictature. Cela protège si bien son président des conclusions d’un magistrat étranger que le porte-parole du Kremlin a réagi le plus calmement du monde en se contentant de voir là une manifestation « d’humour britannique ». Il est improbable que Vladimir Poutine soit reçu avant longtemps à Londres mais, humiliation publique mise à part, cela ne devrait pas l’empêcher de dormir alors que le rouble…

C’est une autre affaire, et bien plus grave pour lui. La chute de la monnaie russe signifie que les prix à la consommation vont continuer d’augmenter et qu’il sera difficile à la Banque centrale de redonner de l’air aux investissements en baissant ses taux d’intérêt. Le rouble plonge parce que l’économie est plombée par la chute des cours du pétrole et par les sanctions occidentales qu’a suscitées l’aventure ukrainienne de Vladimir Poutine.

Prise en étau, l’économie russe laisse voir l’immense faiblesse d’un pays qui n’a pas su profiter des revenus de son sous-sol lorsqu’ils étaient élevés pour moderniser ses infrastructures et son industrie. La Russie n’a guère mieux été gérée depuis sa sortie du communisme qu’elle ne l’était aux temps soviétiques et c’est cette déconfiture qui pourrait finir par coûter cher à son président si la colère des plus démunis venait s’ajouter au mécontentement des classes moyennes et à l’inquiétude des plus riches.

Vladimir Poutine doit changer de cap au plus vite. La sagesse serait pour lui de se retirer d’Ukraine et d’assez s’assouplir en Syrie pour réduire ses dépenses militaires et se rapprocher des Occidentaux. Ce n’est pas impossible, mais ce n’est pas fait.

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