Où l'on voit que la gauche et la droite allemande sont sans doute entre d'esquisser un réalignement des forces politiques dans toute l'Union

On peut en avoir trois lectures. Indiscutable, la première est que le feu vert donné hier par l’appareil social-démocrate à la poursuite de discussions avec Mme Merkel ouvre la voie à une relance de l’Union européenne que la chancelière et le président français souhaitent tous deux autant. 

         Il faut maintenant voir à quoi ces discussions aboutiront et si les militants du SPD confirmeront alors leur accord à la reformation d’une grande coalition. Rien n’est encore sûr mais la certitude est que, si cette étape n’avait pas été franchie, on aurait aujourd’hui toutes les raisons de dire que l’Allemagne s’enfonce dans la crise et y entraîne l’Union. 

         Ce n’est pas le cas. 

C’est tout le contraire mais cela ne signifie pas obligatoirement que ce qui est bon pour l’unité européenne et la stabilité politique de l’Allemagne le soit également pour les social-démocraties allemande et européennes. Si la décision prise par le congrès du SPD ne l’a été qu’avec 56% des voix, c’est qu’une troisième grande coalition en moins de 15 ans risque en effet, comme l’ont martelé les jeunes socialistes et la gauche du parti, de couper la plus vieille social-démocratie d’Europe de ses racines, de son histoire et de ses liens avec le monde ouvrier, de son identité en un mot. 

         Loin d’être infondée, ce peut-être une deuxième lecture du vote d’hier, d’autant plus défendable que c’est bel et bien toute la social-démocratie européenne, PS français en tête, qui est désormais en quête d’une identité mais reste, maintenant, la 

troisième des lectures possibles de ce vote. 

Beaucoup moins consensuelle que les deux premières, elle serait de dire que le feu vert d’hier se fonde non seulement sur la réalité de l’échiquier allemand puisqu’il n’y a pas d’autre majorité possible à Berlin qu’une nouvelle grande coalition mais qu’il  s’enracine aussi dans toute l’Histoire de l’après-guerre et anticipe sans doute un remodelage des échiquiers dans toute l’Union.

Car, qu’on le veuille ou non, depuis 60 ans, tout ce qui s’est fait d’important dans les pays d’Europe occidentale l’a été par des droites et des gauches qui avaient en commun la protection sociale, l’économie de marché et l’unité européenne. Cela ne veut pas dire qu’elles étaient ou seraient les mêmes mais que leurs convergences étaient fortes et sont aujourd’hui renforcées par l’émergence de nouvelles extrêmes-droites et l’affirmation de gauches de la gauche. 

Désormais patente en France, la vérité des échiquiers européens est qu’il y a deux radicalités, de gauche et de droite, et de vastes centres attrape-tout, et de gauche et de droite. Tandis que la logique électorale rapprochera droites dures et extrêmes-droites, ces nouveaux centres esquissent, eux, à l'échelle européenne, un parti démocrate à l'américaine.  

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