Israël a multiplié, et revendiqué, les raids aériens contre des cibles iraniennes et syriennes en Syrie. L’Iran a riposté avec un missile vers Israël intercepté en plein vol. Un bras de fer entre puissances régionales rivales.

Le ciel de Damas s’illumine avec les tirs de la défense anti-aérienne syrienne contre les tirs de missiles de l’aviation israélienne, dans la nuit de dimanche à lundi.
Le ciel de Damas s’illumine avec les tirs de la défense anti-aérienne syrienne contre les tirs de missiles de l’aviation israélienne, dans la nuit de dimanche à lundi. © AFP / STR / AFP

L’armée israélienne a fait hier un geste inhabituel : elle a annoncé en temps réel qu’elle était en train de bombarder des cibles iraniennes et syriennes en Syrie, et elle l’a fait en plein jour. Depuis dimanche, le ciel syrien et du nord d’Israël est agité, avec plusieurs raids israéliens et un tir de missile en direction d’Israël, intercepté en plein vol.

Ca fait plus de deux ans que l’aviation israélienne attaque régulièrement des dépôts de munitions, ainsi que des convois du Hezbollah libanais ou des gardiens de la révolution iraniens en territoire syrien. Mais elle le fait généralement en pleine nuit, et ne l’annonce pas officiellement. 

Cette discrétion n’est plus de mise, car Israël veut faire passer un message simple : il s’adresse à l’Iran, que l’État hébreu n’entend pas laisser durablement s’installer en territoire syrien, près de sa frontière nord-est.

L’Iran a joué un rôle-clé, avec la Russie, pour sauver le régime de Bachar el-Assad. Celui-ci a désormais repris le contrôle de la majeure partie de son territoire alors qu’il était au bord de l’effondrement.

Tous les acteurs se projettent déjà dans l’après-guerre même si celle-ci n’est pas terminée, les alliés de Damas cherchant en particulier à recueillir les dividendes de leur engagement. Au premier rang l’Iran, ce qui explique la brusque montée de tension avec Israël.

Le message israélien est d’autant moins ambigu que l’Etat hébreu a été surpris, c’est un euphémisme, lorsque Donald Trump a annoncé le mois dernier le retrait de ses soldats de Syrie ; mais surtout qu’il a déclaré que l’Iran pouvait faire ce qu’il voulait en Syrie, ce n’était pas son affaire. Un franc parler trumpien reçu en Israël comme une trahison. En pleine campagne électorale, Benyamin Netanyahou ne voulait pas rester sur cette image. 

Jusqu’où cela peut-il aller ? Tout dépend d’abord de la volonté, et de la capacité, des deux protagonistes de ce bras de fer, Israël et l’Iran. Soumis aux sanctions américaines qui frappent durement son économie, l’Iran peut-il suivre une escalade si loin de ses bases arrières ?

Les grandes puissances ne sont plus aussi maîtresses du jeu qu’avant ; même la Russie, qui a pourtant changé la donne militaire en Syrie, n’a guère de prise sur la stratégie de l’Iran, et semble curieusement laisser faire les Israéliens. L'aviation israélienne a attaqué dimanche les nouvelles installations de défense anti-aériennes S300 que la Russie vient de livrer à Damas, sans que Moscou réagisse. 

Restent les Américains. Trump veut partir de Syrie, mais avec une stratégie plus impulsive que réfléchie qui déplait à une partie de son administration. 

John Bolton, son conseiller national à la Sécurité, un faucon notoire, veut en découdre avec l’Iran, et depuis très longtemps. Il organise le mois prochain une conférence internationale à Varsovie contre le régime de Téhéran. A-t-il le feu vert du Président pour faire monter la pression ? Et jusqu’où ?

C’est un contexte stratégique différent des crises précédentes. Avec le risque que la fin de la guerre de Syrie ne soit que le début d’une autre.

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