C'est une note de la CIA rédigée six semaines après l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018, et qui détermine que l'ordre est venu du Prince héritier Mohamed Ben Salman. Trump avait refusé de la rendre publique, l'administration Biden a fait savoir qu'elle le ferait. Tensions en perspective.

Donald Trump et le Prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman, en marge du Sommet du G20 à Osaka, en juin 2019, neuf mois après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.
Donald Trump et le Prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman, en marge du Sommet du G20 à Osaka, en juin 2019, neuf mois après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. © AFP / Bandar Algaloud / Saudi Kingdom / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Parmi les dirigeants dans le monde qui regrettent le départ de Donald Trump, se trouve assurément le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohamed Ben Salman.

Avril Haines, la Directrice du Renseignement de la nouvelle administration Biden, a annoncé lors de sa comparution de confirmation au Sénat américain cette semaine, une nouvelle qui a de quoi susciter l’inquiétude du prince saoudien. Elle a indiqué que le gouvernement allait déclassifier une note secrète de la CIA consacrée à l’assassinat en octobre 2018 du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Ce meurtre, dans des conditions atroces dans les locaux du consulat saoudien à Istanbul, avait provoqué une grave crise, jamais totalement résolue.

Cette évaluation de la CIA, selon des fuites à la presse américaine de l’époque, concluait à la responsabilité directe du prince héritier dans le meurtre du journaliste exilé aux États-Unis. Selon la CIA, l’ordre d’exécuter l’opposant est venu directement de Mohamed Ben Salman. La fiancée de Jamal Khashoggi, ainsi qu’un vote du Congrès, ont demandé la publication de cette note, mais l’administration Trump n’avait jamais voulu l’autoriser, et avait « couvert » le jeune dirigeant saoudien.

Les conséquences d’une telle publication sont immenses, car l’accusation directe contre le prince héritier sera alors sur la place publique. Jusqu’ici, l’ambiguïté profitait au Prince, progressivement réintégré dans la vie internationale après une période de froid. Ryad avait fait condamner des sous-fifres, et espérait que l’affaire serait progressivement oubliée.

Joe Biden ne porte pas les dirigeants saoudiens dans son cœur, il a eu des mots peu aimables pour le régime wahabbite pendant sa campagne, laissant entendre que les États-Unis réduiraient leurs ventes d’armes au Royaume. Plus directe encore, Susan Rice, une ancienne collaboratrice de Barack Obama aujourd’hui dans l’administration Biden, avait carrément appelé en 2018 dans le New York Times à écarter Mohamed Ben Salman de sa position de prince héritier, et donc de futur monarque saoudien.

Voilà qui augure mal des relations entre l’Arabie saoudite et la nouvelle administration, mais ce n’est guère une surprise.

L’Arabie saoudite s’oppose farouchement à l’intention de Joe Biden de ressusciter l’accord nucléaire avec l’Iran, le grand rival de Ryad dans le Golfe. C’était un important point de convergence avec Donald Trump, qui avait retiré les États-Unis de cet accord.

Deux semaines après la victoire de Joe Biden, un sommet jamais reconnu par l’Arabie saoudite, avait réuni dans le royaume le prince Mohamed Ben Salman, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, et le chef de la diplomatie de Donald Trump, Mike Pompeo. L’Iran -et Joe Biden- étaient très haut dans l’ordre du jour.

Le nouveau Président tiendra-t-il bon dans sa volonté de rééquilibrer les relations des États-Unis avec l’Arabie saoudite - un pays qui ne manque pas d’arguments pour amener Washington à faire des compromis ? Ce sera l’un des tests de la nouvelle administration, dont les bonnes intentions sur le terrain des droits de l’homme risquent de se heurter très vite aux contraintes froides de la realpolitik.

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