Dernier volet de votre série sur la Turquie, avec aujourd'hui cette question : la Turquie nous est-elle indispensable ?

La Turquie nous est-elle indispensable ?
La Turquie nous est-elle indispensable ? © Getty / Chris McGrath

On va faire court sur ce coup là : oui, trois fois oui, la Turquie nous est indispensable. On n'imagine même pas à quelle point ! C'est d'ailleurs le but de cette chronique de le montrer.

On va commencer par ce qui faisait, hier encore, la une de La Tribune : « Turquie : l'accord sur les réfugiés menacé ? ». Les réfugiés irakiens, afghans et syriens donc, qui l'année dernière ont été plus d'un million à se diriger vers l'Europe et qui, quasiment tous, sont passés par la Turquie. Il a suffi d'un accord entre Angela Merkel, alias l'Europe, et Erdogan, pour que le flux tarisse. On peut dire ce qu'on veut de cet accord – trop favorable aux Turcs, signé avec le diable – la réalité, c'est qu'il fonctionne impeccablement. La preuve est donc faite sur un sujet, les réfugiés, qui a fait tanguer l'Autriche, l'Allemagne, la Suède et jusqu'à la Grande-Bretagne, puisqu'on attribue en partie le Brexit à cette arrivée massive de régugiés, que la Turquie a les clés de la boutique.

Il y a aussi son rôle ambigu dans la guerre contre l'Etat islamique...  Là il faut ouvrir une carte : la Turquie a donc des frontières avec l'Iran, l'Irak et la Syrie, pour ne parler que de pays qui sont en conflit les uns avec les autres ou dans lesquels nous intervenons directement. Or la Turquie est notre alliée, par le biais de l'OTAN. La Turquie était déjà indispensable au passage des équipements américains lorsque les Etats-Unis faisait la guerre en Irak, elle est aujourd'hui incontournable, grâce à sa base aérienne d'Incirlik, près de la Syrie, pour nos frappes aériennes contre l'Etat islamique. Par ailleurs, et une fois de plus, c'est elle qui a les clés. Tant que la Turquie voyait avec une certaine bienveillance les djihadistes de l'Etat islamique, ceux-ci se faisaient soigner, transitaient, commerçaient, côté turc. Dès que la Turquie a décidé – et c'est très récent, quelques mois au plus – de changer de politique vis-à-vis d'eux, fini les recrues occidentales, fini le petit commerce de pétrole et d'antiquités, fini les vacances à Gaziantep, à quelques kilomètres de la Syrie.

Enfin, la Turquie nous est aussi indispensable économiquement... Oui, parce que paradoxalement, voilà un pays qui n'a ni pétrole, ni gaz – pas une goutte - et dont nous dépendons pour le pétrole et pour la gaz. Je comprends que ça demande un peu d'explications. Encore une fois une carte est indispensable. La Turquie ne produit effectivement pas d'hydrocarbure mais par contre elle est entourée d'éponges à pétrole et gaz naturel. Vous avez bien sûr l'Iran, l'Irak mais aussi et surtout, le pétrole d'Asie centrale : à commencer par l'Azerbaïdjan. Or pour évacuer tout ce pétrole vers l'Europe : la route des gazoducs et des oléoducs passe par la Turquie et par personne d'autre. Autrement dit, si l'Europe veut réduire sa dépendance envers la Russie, les clés sont en Turquie et Erdogan le sait parfaitement. C'est pour cette raison qu'il peut tout se permettre – ou presque – avec les Européens. Il peut même se permettre de sermonner Angela Merkel lorsqu'un comique allemand se moque de lui en chanson à la télévision publique.

Une chanson qui s'appelle Erdowi, Erdowo, Erdogan, vue plus de neuf millions de fois sur Internet et que je ne résiste pas à vous passer, histoire de friser les moustaches du Sultan.

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