Le Premier ministre japonais a certes remporté les sénatoriales mais pas assez bien pour obtenir une "super-majorité". Donc, envolé l'espoir de modifier la constitution pacifiste de son pays !

Shinzo Abe, le Premier ministre japonais
Shinzo Abe, le Premier ministre japonais © AFP / Kazuhiro NOGI

Au Japon, avait lieu hier des élections sénatoriales... dont on a à peine parlé en France. Et pour une bonne raison : le suspense était quasi nul : l'actuel Premier ministre Shinzo Abe, tous les sondages le prédisaient, allait remporter ces élections et c'est d'ailleurs ce qu'il s'est passé :  la coalition du Parti libéral démocrate de M. Abe et du Komeito, un parti conservateur d'inspiration bouddhiste, a reconduit la majorité dont il disposait déjà dans la haute assemblée. Bref, rien de bien enthousiasmant, vu de Paris. D'où le peu d'intérêt.

Et pourtant, à y regarder de plus près, il y a beaucoup de choses à dire. D'abord, la coalition PLD – Komeito a certes remporté ces élections mais pas assez bien pour pousser la seule chose qui intéresse Shinzo Abe : modifier la constitution pacifiste du pays.

Mais revenons d'abord sur Shinzo Abe. Il a longtemps été perçu comme le « Calimero » de la politique japonaise. En 2006, il est devenu Premier ministre de haute lutte et en 2007, il a lamentablement perdu les élections. Un an à peine au pouvoir.

Comme c'était vraiment trop injuste, il a tout fait pour se refaire. Opération réussie en 2012, où il redevient triomphalement Premier ministre. Et depuis, il n'a rien lâché. Au point que dans quelques mois, il battra le record de longévité d'un Premier ministre japonais.

Il lui reste maintenant à marquer l'histoire de son pays. Il a donc choisi une bataille : modifier l'article 9 de la constitution japonaise qui interdit à son pays l'état de belligérance et affecte à ses forces armées un rôle uniquement défensif.

Une super-majorité dans les deux chambres du Parlement...

Il lui faut une majorité des deux-tiers dans les deux chambres du parlement. Or hier, il ne l'a pas obtenue cette super-majorité sénatoriale. Pire encore, lorsqu'on demande aux Japonais s'ils voteraient cette modification de leur constitution par référendum, ils répondent « non » à 65%.

Shinzo Abe a pourtant tout fait pour tenter de réveiller ses électeurs. Tout fait, ça signifie réveiller le nationalisme sourcilleux qui a le sommeil léger dans une partie de la population. Par exemple, il a décidé de renouer avec la chasse à la baleine.

Au Japon la mise en accusation du Japon par des ONG occidentales sur ce sujet est perçu comme une volonté d'humilier le pays. Donc, en janvier, Shinzo Abe a retiré son pays de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine.

La Corée du Sud, éternel bouc émissaire de la politique japonaise 

Shinzo Abe en a rajouté une couche en s'en prenant, quelques jours avant les élections, à la Corée du Sud. Il a restreint les exportations de produits chimiques à destination de Séoul.

La Corée, c'est ce pays qui veut des excuses japonaises pour leur comportement pendant la brève colonisation de la péninsule et la Seconde Guerre mondiale. S'en prendre aux Coréens, qui en plus dament le pion économiquement au Japon, c'est toujours payant.

Peine perdue, Shinzo Abe n'aura donc pas sa super-majorité et ne pourra pas modifier cette fameuse constitution. Du coup, il risque de rester dans l'Histoire comme le Premier ministre qui a augmenté la TVA, sa seule vraie victoire. Je vous dis, Shinzo Abe est et restera le Calimero de la politique japonaise. C'est vraiment trop injuste.

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