Où en serons-nous dans six mois ? Où le monde en sera-t-il en janvier 2005 ? La réponse est qu’on ne sait pas, que personne ne pourrait se risquer à une prévision même à si court terme car en Europe comme aux Etats-Unis et au Proche-Orient, dans ces trois grandes zones l’incertitude est désormais complète. En Europe les vingt-cinq gouvernements nationaux se sont enfin mis d’accord sur une Constitution qui satisfait à la fois les souverainistes, soulagés que les décisions fiscales et sociales requièrent toujours l’unanimité, et les fédéralistes, heureux que l’Union s’affirme en se dotant d’un Président, d’un ministre des Affaires étrangères et d’un vrai Parlement. L’Europe avance, dans une ambiguïté institutionnelle que lèveront les rapports de force et les évolutions futures, mais cette avancée ne se concrétisera que si les votes populaires ou les Parlements des Etats membres ratifient ce projet et, là, rien n’est sûr. Ce n’est pas que l’échec soit certain. Il n’est pas du tout prouvé que ce train de retard que les Britanniques ont toujours sur l’Europe et que l’impopularité d’à peu près tous les gouvernements de l’Union débouchent sur un si grand nombre de rejets qu’il faille tout reprendre à zéro sous dix-huit mois. Tony Blair peut réussir à convaincre ses compatriotes que leur intérêt est de ne pas se couper de l’Europe. Les vingt-quatre autres pays de l’Union peuvent avoir assez de discernement pour ne pas confondre l’ambition européenne et les politiques qu’ils reprochent à leurs dirigeants mais, oui, Tony Blair peut échouer à briser les « mythes » (c’est son mot) contre lesquels il est déjà parti en campagne et des électorats peuvent ne pas résister, ailleurs, à la tentation d’un vote sanction. Si cela se produisait, l’Europe entrerait alors dans une longue période de désarroi qui ne signifierait pas sa fin mais la paralyserait pour un bon moment. Aux Etats-Unis, l’incertitude est plus grande encore car ni Georges Bush ni son adversaire démocrate, John Kerry, ne peuvent déjà se prévaloir d’un avantage clair. L’opinion est inquiète. Cela se sent dans les sondages. Le Président sortant ne bénéficie plus du soutien massif que les attentats du 11 septembre lui avaient assuré mais John Kerry, réservé, prudent, soucieux de ne pas s’épuiser en partant trop tôt en campagne, ne suscite pas de véritable enthousiasme, même chez les électeurs démocrates. L’élection reste ouverte et cela signifie qu’il est bien trop tôt pour savoir si les Etats-Unis resteront aussi à droite et unilatéralistes qu’aujourd’hui ou s’ils en reviendront, au contraire, à plus de préoccupations sociales et de respect pour la concertation internationale et les systèmes de sécurité collective. On le sait d’autant moins que l’évolution des crises proches-orientales, demeure imprévisible. Israël va-t-il vers un gouvernement d’union nationale, une évacuation de Gaza et une reprise du dialogue avec les Palestiniens ? C’est aujourd’hui possible mais rien n’est joué, pas plus qu’en Arabie saoudite en marche vers le chaos, et qu’en Irak où la violence peut tout aussi bien casser l’amorce de processus politique que l’inverse. L’été sera long.

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