Le mois persan de mordad se termine le 22 août. Ce n’est que d’ici là, a indiqué hier le Président de la République islamique, que l’Iran répondra aux propositions européennes de compromis sur le nucléaire qui lui ont été présentées, à Téhéran, le 6 juin. Entre ces deux dates, il se sera donc écoulé deux mois et demi, soit un délai particulièrement long pour l’examen d’une offre dont les dirigeants iraniens se sont, pourtant, félicités même s’ils la disent « ambiguë ». L’Iran cherche à gagner du temps mais pourquoi ? Il y a trois raisons à cela. La plus évidente est qu’il est de bonne tactique, dans toute négociation, de mettre les nerfs de ses partenaires à l’épreuve, de leur faire attendre ses réponses et de les laisser se perdre en conjectures sur ce que vous allez dire et faire. Au moment où vous abattez vos cartes, ils ne savent ainsi plus sur quel pied danser et, pris par surprise, se retrouvent en position d’infériorité. C’est une loi générale mais dans ce cas précis, les Iraniens ont d’autant plus intérêt à recourir à cette tactique éprouvée qu’elle leur permet de briser net le ressort même de la proposition européenne que soutiennent les Etats-Unis, l’URSS et la Chine. Ou bien vous acceptez de discuter sur ces bases et suspendez vos opérations d’enrichissement d’uranium pendant les discussions, leurs disaient les grandes puissances, ou bien nous retournons au Conseil de sécurité et un processus de sanctions s’enclenche. Depuis hier, elles sont donc placées devant un dilemme - considérer que la plaisanterie a assez duré et aller sans plus tarder devant le Conseil au risque de voir leur unité se fissurer ou bien attendre le bon vouloir iranien et insensiblement sortir de l’alternative devant laquelle elles avaient placé Téhéran. La diplomatie iranienne est tout, sauf maladroite mais, si elle se donne du son temps, c’est également, surtout, parce qu’un débat d’un rare violence déchire les dirigeants de la République islamique. « Sans merci », confie l’un d’eux, elle oppose ceux qui considèrent qu’il faut rejeter l’offre européenne car elle empêcherait l’Iran d’aller vers la bombe à ceux qui voient tous les avantages de cette offre - l’intégration de l’Iran à l’économie mondiale et le développement de son nucléaire civil - et veulent, donc l’accepter. Le débat s’envenime d’une lutte de pouvoir et la République islamique avait, en conséquence, besoin de se donner ces huit semaines supplémentaires pour le trancher. Cette décision s’est d’autant plus facilement imposée que les partisans du compromis, troisième raison de ce délai, ne veulent pas prêter le flanc à l’accusation de mollesse et qu’ils tentent donc de préparer une réponse aux grandes puissances que leurs adversaires radicaux ne pourraient pas contester. Ils veulent répondre par un « oui, si… » par lequel ils demanderaient que s’ouvrent, et cela avant toute suspension de l’enrichissement, des discussions destinées à préciser, dater et sceller les offres des Grands et au cours desquelles ils avanceraient l’exigence d’un accord de sécurité régionale, garanti par les Etats-Unis et conduisant au démantèlement de leurs bases dans la région. L’histoire ne fait que commencer.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.