Echec ou réussite, c’est un sommet en suspens mais déjà riche d’enseignements. Ce qui frappe, d’abord, dans ce Conseil européen de Bruxelles c’est à quel point la France et l’Allemagne ne sont plus à même de tenir le gouvernail de l’Union. Autrefois, pour peu que Français et Allemands fussent d’accord, les autres suivaient. On l’avait encore constaté dans les négociations sur le projet constitutionnel qui avaient abouti à un texte reprenant à peu près tous les objectifs que Paris et Berlin s’étaient préalablement fixés à deux mais, là, non, c’est fini. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy s’étaient concertés de longue date. Leur connivence est complète mais, même s’ils finissaient aujourd’hui - ce qui n'est plus exclu - par faire entériner leur idée de « traité simplifié », ce serait au prix de concessions majeures à la Grande-Bretagne, à la Pologne ou aux deux. La première raison en est que la raison d’être européenne n’est plus la réconciliation franco-allemande. Le Mur de Berlin est tombé. La page de l’après-guerre est tournée. L’Europe a d’autres objets que la conjuration du passé et le débat fait rage sur les nouveaux objectifs qu’elle devrait se fixer. Entre ceux qui voudraient faire de l’Union l’instrument d’une libéralisation des économies européennes et les partisans d’une affirmation du modèle social européen par l’émergence d’un ensemble politique qui le porterait, entre les atlantistes et les avocats d’une Europe puissance, acteur autonome de la scène internationale, entre les fédéralistes et les défenseurs de l’Europe des nations, il n’y a plus de boussole commune car il n’y pas encore d’opinion, de partis et de leaders paneuropéens pour mûrir, articuler et faire triompher l’une ou l’autre de ces ambitions. L’Allemagne et la France y suffisent d’autant moins que dans l’Europe des 27, elles font figures d’éléphants, rois d’une autre époque et mastodontes dont le poids indispose mais n’intimide plus puisque les élargissements permettent de le contourner par de nouvelles alliances. L’Union est ainsi devenue structurellement instable, en manque d’un nouveau centre de gravité à bâtir d’urgence. Le deuxième enseignement de ce Conseil est qu’il y a un pays membre, la Pologne, qui non seulement n’a pas tourné la page de l’après guerre mais pas non plus celle de la guerre et de son oppression séculaire. Quand son premier ministre lance, à la stupeur générale, qu’elle compterait aujourd’hui 66 millions d’habitants sans la saignée de 39-45 et qu’elle a donc droit à autant de voix que l’Allemagne, on entend toute la méfiance historique d’une nation qui n’a dû qu’à elle-même de ne pas disparaître. Troisième enseignement enfin, la Grande-Bretagne est à la fois le pays qui refuse que l’Union se dote d’un ministre des Affaires étrangères mais verrait bien Tony Blair devenir, à la demande des Etats-Unis, le représentant au Proche-Orient des grandes puissances, dont l’Europe. L’Angleterre reste une île de l’Atlantique.

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