Le pouvoir a marqué un point mais a-t-il, pour autant, repris la main ? Au lendemain d’un sermon extrêmement menaçant du Guide suprême, l’opposition iranienne a dû décommander la manifestation à laquelle elle avait appelé pour samedi. Confrontée à la menace explicite d’une répression sanglante, l’opposition a dû reculer mais il y a trois raisons de considérer qu’il ne s’agit là que d’un moment d’une crise, pas de sa fin. La première est que les Iraniens sont, malgré tout, descendus dans la rue et en assez grand nombre pour qu’il y ait eu dix morts selon les autorités, dix-neuf selon l’opposition, ce qui n’est pas le bilan d’un rassemblement insignifiant. Les petits groupes éclatés ont remplacé les grands cortèges, les petites rues, les grandes artères, mais des dizaines de milliers de gens ne sont pas laissés intimider, prouvant par leur courage que la contestation ne faiblit pas. La deuxième raison pour laquelle cette crise n’est pas finie est que deux des trois candidats évincés par la fraude, les deux hommes qui étaient, en réalité, arrivés en tête du premier tour, ont l’un et l’autre refusé de céder à l’injonction du Guide de reconnaître les résultats proclamés. Falsification, ont-il répété en exigeant à nouveau l’annulation de ce scrutin et Mir Hossein Moussavi a même franchi, samedi, un pas spectaculaire. Avant d’encourager, hier, à de nouvelles manifestations, cet ancien Premier ministre de l’ayatollah Khomeiny, du fondateur de la République islamique, cet homme réservé, sans charisme, oublié depuis vingt ans mais devenu, en quinze jours, un héros national, a tout simplement mis en cause le Guide, le N°1 de l’appareil clérical, l’homme le plus puissant du pays, qu’il a accusé de vouloir attenter à la Constitution et de donner à croire, par son attitude, qu’il y aurait incompatibilité entre l’Islam et la démocratie. Mir Hossein Moussavi, en clair, a non seulement défié le Guide mais appelé le clergé à se distancer de lui. Si Mir Hossein Moussavi a abattu cette carte, c’est qu’il s’est senti en situation de le faire. Il l’est car – troisième raison de ne pas croire la partie terminée – les signes de dissension se multiplient au sommet du régime. Ali Larijani, le président du Parlement, vient de déclarer, hier, qu’une partie de la population ne croyait pas à la sincérité des résultats, qu’il y avait une crise de confiance et qu’il fallait trouver les moyens de la résoudre, autrement dit que le dossier n’était pas clos. L’ancien président Khatami a fait une déclaration dans le même sens et trois membres du Conseil des Gardiens, l’organisme chargé de proclamer les résultats, se sont faire tenir exactement le même langage par les plus hauts dignitaires religieux, les "sources d'imitation", dit-on, qu’ils étaient allé consulter dans la ville sainte de Qom. A ce jour, la plupart des grands religieux se sont abstenus de féliciter Mahmoud Ahmadinejad. Hachémi Rafsandjani, le président de l’Assemblée des experts, du comité central du clergé, s’est muré dans un silence retentissant et le grand ayatollah Montazeri, une très haute autorité morale, a appelé, lui, à trois jours de « deuil », autrement dit de grève, à compter d’après-demain. Il ne l’aurait pas fait sans croire qu’il pourrait être suivi.

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