Benjamin Netanyahu était, hier, devant le Parlement israélien. La veille, dimanche, il avait fait entériner par son gouvernement un allégement du blocus de Gaza aux termes duquel tout pourrait, désormais, y être importé à l’exception, bien sûr, des armes et des matériaux pouvant entrer dans leur fabrication. S’il est réellement suivi d’effets, il s’agira là d’un complet virage politique et comment le Premier ministre l’a-t-il expliqué aux députés de la Commission des Affaires étrangères et de Défense ? « Cette décision est la meilleure pour Israël, a-t-il dit, car elle élimine la principale revendication de la propagande du Hamas et nous permet de faire face à nos réelles préoccupations en matière de sécurité ». Rien à redire à cela. C’est l’évidence mais, si les mots ont un sens, Benjamin Netanyahu vient ainsi de reconnaître que le blocus de Gaza n’aura fait que servir la propagande islamiste et empêcher Israël de se concentrer sur sa sécurité. Si l’on entend bien sa déclaration, son gouvernement menait, jusqu’à dimanche, une politique contraire aux intérêts d’Israël et cet aveu d’un fait que tant de gens soulignaient depuis tellement de temps, en Israël comme ailleurs, appelle trois commentaires. Le premier est que ce gouvernement n’est pas seulement le plus à droite qu’ait jamais connu Israël. Il est également le plus mauvais, le plus stupide de son histoire, car jamais aucun gouvernement israélien n’aura su, à la fois, laisser se dégrader à ce point ses relations avec les Etats-Unis, perdre un allié aussi fondamental que la Turquie, premier des pays musulmans à avoir reconnu Israël, se faire critiquer par l’ensemble des pays européens et donner à son pays une aussi mauvaise image internationale alors même qu’Israël ne peut simplement pas survivre à terme sans de très forts appuis étrangers. Le deuxième commentaire à faire est que ce ne sont ni l’Onu, ni les appels à la raison des Etats-Unis et de l’Europe, ni l’opposition et la presse israéliennes et encore moins les islamistes qui sont parvenus à faire bouger Benjamin Netanyahu. C’est le gouvernement turc et l’appui qu’il avait donné à l’opération flottille, autrement dit un coup politique audacieux et imaginatif qui a rebattu les cartes en braquant les projecteurs sur une situation inacceptable dans laquelle Israël avait, de fait, pris la population gazaouie en otage dans l’espoir de l’amener à se révolter contre les islamistes. Là où la diplomatie comme la violence avaient échoué, l’intelligence politique a réussi, non seulement à faire considérablement alléger ce blocus mais, surtout, à créer une dynamique nouvelle car, troisième commentaire à faire, la donne a changé. Cette coalition des droites israéliennes sort affaiblie de ce moment décisif. Piégée par la Turquie, elle a maintenant du céder à l’intensification des pressions américaines et européennes. Benjamin Netanyahu est dans une si profonde impasse qu’il devra soit rompre avec l’extrême droite et faire appel au soutien des centristes, soit accepter, enfin, de s’engager dans de vraies négociations avec l’Autorité palestinienne et de les conclure, ce qui serait le seul moyen d’isoler et non pas renforcer les islamistes.

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