C’est une idée qui revient en force. Devant ces marchandages et ces atermoiements insensés face à la crise grecque, devant la renaissance des égoïsmes nationaux et l’impuissance des institutions européennes à prendre à bras le corps les problèmes d’endettement public qui, désormais, menacent toute l’Union d’une implosion dont chacun des Etats membres serait victime, l’idée fédérale acquiert un nouveau crédit. Ceux qui la défendaient, dans cette chronique ou ailleurs, ne constituaient jusqu’à présent qu’une infime minorité des Européens, gentiment raillés, par les uns, comme de doux rêveurs ou vigoureusement dénoncés, par les autres, comme des bradeurs de la souveraineté nationale mais, aujourd’hui, l’évidence commence, commence seulement mais tout de même, à s’imposer car un enfant la comprendrait. Dès lors que nous nous sommes dotés d’une monnaie et d’un marché uniques, dès lors que nous avons eu raison de le faire puisque nous avons ainsi décuplé les échanges intracommunautaires et imposé, face au dollar, une autre monnaie de référence qui affirme le poids international de cette autre superpuissance économique qu’est l’Union, nous ne pouvons pas nous passer de politiques économiques, sociales, industrielles et fiscales communes. L’Union ne le peut pas plus qu’un pays doté d’une monnaie nationale ne peut avoir autant de politiques que de régions. L’Union ne peut pas non plus laisser perdurer de trop grands écarts de croissance et de compétitivité entre ses Etats qui sont ses régions nationales. L’Union doit avoir une politique économique commune mais cette politique doit relever d’un choix démocratique et non pas de simples additions. L’Union doit avoir, autrement dit, un gouvernement commun, procédant d’une majorité paneuropéenne désignée par l’ensemble des électeurs européens après une confrontation entre des programmes pour l’ensemble de l’Union. L’Union doit être gouvernée, démocratiquement gouvernée par un gouvernement élu procédant d’une majorité parlementaire et cela s’appelle le fédéralisme qui n’est pas plus un gros mot qu’un grand méchant loup. Ce n’est que la logique, qu’un bon sens qui commence à poindre dans toujours plus de prises de position et de conversation qui, toutes, soulignent l’aberration du mi-chemin présent et appellent à aller plus vite et plus loin dans la dynamique fédérale même si beaucoup craignent encore de le dire aussi net. Signe des temps, le PS et le SPD, les partis qui espèrent arriver au pouvoir l’année prochaine en France et l’année suivante en Allemagne, travaillent depuis des mois à l’élaboration d’un programme commun et viennent de tenir, hier, à Paris, un bureau national commun. Tous deux appellent à une taxation des transactions financières, à l’émission d’emprunts européens et à l’harmonisation des politiques fiscales et sociales des Etats membres. C’est un premier pas, de gauche et franco-allemand, vers le fédéralisme, l’ébauche d’un programme de gouvernement européen auquel les autres grands courants paneuropéens se doivent d’opposer leurs propres propositions s’ils veulent apporter des réponses aux problèmes tels qu’ils se posent : à l’échelle européenne.

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