Drapeaux
Drapeaux © Grégory Delattre - Fotolia.com

Vladimir Poutine vient de durement sermonner l’Europe. Aussi inquiet que le sont les Etats-Unis et la Chine des répercussions qu’une prolongation de sa crise pourrait avoir sur l’économie mondiale, il l’a appelée hier à ne pas ajouter à ses déficits budgétaires un « déficit d’actions décisives ».

On n’aurait su mieux dire à quel point l’économie n’a plus de frontières, à quel point la mondialisation est une réalité mais elle ne l’est pas qu’en économie. En politique aussi tout est aujourd’hui lié et l’incertitude européenne le montre bien car, si les pays de l’euro n’arrivaient pas, Allemagne et France en tête, à rapidement trouver les moyens de concilier le rétablissement de leurs équilibres budgétaires et de vraies mesures de relance, si l’Europe ne parvenait pas à marier ces deux nécessités et échouait ainsi à rassurer les investisseurs dont son endettement la fait dépendre, ce n’est pas seulement qu’elle plongerait dans une récession durable, porteuse de graves tensions socio-politiques et, bien vite, de sa désunion.

C’est aussi qu’elle serait alors incapable de relever deux défis géopolitiques absolument fondamentaux pour ses intérêts comme pour la stabilité internationale. Elle ne serait pas à même de profiter des bouleversements du monde arabe pour progressivement jeter les bases d’un partenariat économique avec l’autre rive de ce lac intérieur qu’est la Méditerranée. Elle ne pourrait pas même tenter, non plus, d’ancrer la Fédération de Russie à l’Union européenne. Elle ne pourrait, autrement dit, pas plus contribuer à la stabilisation de la Russie qu’a celle de l’Afrique et des mondes arabes, pas plus stabiliser ses marches que s’assurer des marchés qui sont ses marchés naturels, pas plus organiser le continent Europe que bâtir l’indispensable et évidente complémentarité entre le Nord et le Sud de cette mer commune qui est notre berceau commun.

Au lieu d’enrichir le Sud en s’enrichissant elle-même, l’Europe devrait alors faire face à la misère et au chaos de ses voisins méridionaux et pourrait aussi voir, plus inquiétant encore, la Russie lui préférer la Chine et construire son avenir sur un partenariat avec ce pays-continent qui ne demanderait qu’à s’adjuger ses matières premières, gaz et pétrole, développer avec elle des industries communes et s’affirmer sur la scène internationale, face aux Occidentaux, aux côtés d’un régime autoritaire très semblable au sien.

La Russie a cette tentation, d’ailleurs récurrente dans son histoire longue. Entre ancrage européen et ancrage asiatique, la Russie balance à nouveau et la crise syrienne illustre bien cette hésitation puisqu’on y voit le Kremlin jouer la carte d’un front sino-russe contre l’Europe et l’Amérique tout en envisageant, dans le même temps, de se rapprocher des Occidentaux et de s’inscrire, avec eux, dans un ensemble commun en mettant terme à ce bain de sang.

Dans leur dynamique, la crise européenne, l’incertitude identitaire de la Russie et le drame syrien ne font ainsi qu’une seule et même crise – celle d’un monde en plein bouleversement et qui cherche ses équilibres futurs loin, bien loin, de ses frontières d’hier.

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