Où l'on voit que le président français est aussi pertinent sur l'Europe que  peu averti du Proche-Orient

C’est à lire, absolument. Si l’on veut comprendre sur quelles perceptions de l’état du monde et aspirations pour la France et l’Europe se fondent les politiques d’Emmanuel Macron il faut lire, ce matin, la longue interview qu’il a accordée au Figaro et à plusieurs autres journaux de l’Union.

Le point de départ est un constat. « L’Europe est le seul endroit du monde, dit-il, où les libertés individuelles, l’esprit de démocratie et la Justice sociale se sont mariés à ce point ». Ce n’est pas discutable. Les Etats-Unis ont les libertés individuelles, l’esprit de démocratie… disons, plus ou moins mais la Justice sociale, non, c’est une oubliée de l’Amérique, pays qui vient de revenir sur la couverture médicale pour tous.

Canada excepté, l’Europe, celle de l’Union, est bel et bien le bunker des libertés et de la protection sociale et ce bunker, le président de la République veut donc le défendre et lui donner aussi les moyens d’étendre son influence à l’heure où se multiplient les régimes autoritaires ne respectant plus que les formes de la démocratie, vote mais sans aucune liberté.

Chez Emmanuel Macron, c’est de ce constat que tout part et c’est à cette lumière qu’il faut lire sa volonté de relancer l’unité européenne, de renouer une vraie relation de confiance avec l’Allemagne, de promouvoir une Défense européenne, de jeter les bases d’une politique économique de la zone euro et de rétablir aussi les comptes publics de la France afin qu’elle puisse redevenir forte, crédible et à même de se faire entendre de ses partenaires. Trois de ses phrases demandent à être citées. « L’Allemagne sait que notre destin est redevenu tragique ». « La crise de l’imaginaire occidental est un défi immense » et « J’ai la volonté de retrouver le fil de l’Histoire et l’énergie du peuple européen » - du peuple au singulier. Qu’on la partage ou non, une certaine idée de l’Europe habite ce président mais…

Car il y a un mais qui est qu'il est beaucoup moins convaincant sur la Syrie.

Le problème est qu’au Proche-Orient, Emmanuel Macron oublie l’Histoire alors qu’il la convoque si bien en Europe. Pas un mot sur les origines de l’islamisme, pas une virgule sur les révolutions arabes de 2011 et leur formidable aspiration à la démocratie, rien sur le chiisme et le sunnisme ni sur la rivalité entre Perse iranienne et Arabie saoudite. Rien, en bref, de ce qui est essentiel et le président de la République, hors sol, en esprit rationnel mais semblant tout ignorer de la tragédie proche-orientale, peut ainsi développer une approche du drame syrien bien peu réaliste.

Il ne veut plus faire du départ de Bachar al-Assad un préalable à tout. Sa priorité est la lutte contre le terrorisme. Il ne veut plus d’Etats faillis, sanctionnera tout nouvel usage d’armes chimiques et veut protéger les minorités. Très bien, mais comment y parvenir ? Comment convaincre les Syriens de se résigner à Assad ? Comment amener Iraniens et Saoudiens à enterrer une hache de guerre millénaire ? Comment faire comme si tout cela n’avait pas de cause ?

Peut-être a-t-on mal compris, mais ce n’est pas clair.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.