Il n'est plus impossible que les électeurs turcs désavouent dimanche leur président et son parti.

On ne parle pas là d’une certitude, absolument pas. Il est parfaitement possible que Recep Erdogan soir réélu dimanche et remporte également les élections  parlementaires organisées le même jour, mais la possibilité est maintenant si grande qu’il perde l’un de ces deux scrutins ou les deux que beaucoup de ses adversaires les plus déterminés en sont à craindre… sa défaite. 

C’est un paradoxe mais il n’est qu’apparent, car la situation économique est si dégradée que les oppositions pourraient avoir bien du mal à gouverner alors que le président sortant, ou son parti, du moins, l’AKP, pourraient n’avoir qu’avantage à une cure d’opposition durant laquelle ils pourraient accuser leurs successeurs, à la présidence, au Parlement ou au deux de toutes les difficultés à venir.

Laïcs ou religieux, conservateurs ou sociaux-démocrates, les opposants turcs sont ainsi partagés entre une profonde interrogation sur leurs marges de manœuvre en cas de victoire et l’espoir, évidemment, d’écarter un homme qui a jeté en prison plus de 50 000 personnes dont une centaine de journalistes, imposé un strict contrôle judiciaire à autant d’autres et limogé plus de 100 000 fonctionnaires, soldats et policiers, tous accusés – accusés sans l’ombre d’une preuve – d’avoir participé à une tentative de coup d’Etat, en 2016.

Artisan d’une réelle démocratisation de son pays dans les années 2000, lorsque la Turquie semblait en voie d’entrer dans l’Union européenne, Recep Erdogan est aujourd’hui devenu un autocrate mégalomane et répressif. Mais comment expliquer alors qu’il soit désormais possible que le pouvoir lui échappe ? 

La réponse est que la Turquie n’est pas une dictature mais bien plutôt une "démocrature", mélange de dictature et de démocratie dans lequel toutes les libertés sont bafouées mais le droit de vote maintenu. 

Il n’y a plus de presse libre en Turquie. L’audiovisuel y est totalement contrôlé par le pouvoir. L’indépendance de la magistrature n’y est plus qu’un souvenir. On peut y être durablement détenu sans jugement mais jamais Recep Erdogan n’a même envisagé de se passer d’élections ,parce que ses partisans eux-mêmes ne l’auraient pas admis, que la Turquie n’est pas la Corée du Nord et que Vladimir Poutine lui-même ne le fait pas. 

La Turquie est une autre Russie. 

Les télévisions y retransmettent en direct tous les discours du président alors que les candidats de l’opposition n’existent à peu près pas sur les écrans mais "le sultan", comme on l’appelle à Istanbul, peut-être battu dimanche, mis en difficulté du moins, car tout conspire maintenant à lui nuire, usure du pouvoir, dégradation de la situation économique et qualité de ses opposants. C’est si vrai que Recep Erdogan en est à envisager un gouvernement de coalition. Lui-même ne semble plus trop y croire mais… Mais... rendez-vous dimanche soir.

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