Officiellement, on ne sait toujours pas. Juridiquement parlant, il n’y a toujours aucun moyen, dix-sept ans après les faits, de désigner les commanditaires et les exécutants des enlèvements des otages français du Liban, de ces huit hommes si longtemps séquestrés comme de vulgaires monnaies d’échange par… Par qui justement ? A l’époque, les communiqués de revendication étaient signés du «Jihad islamique» ou de l’«Organisation de la Justice révolutionnaire», d’organisations différentes pour chaque enlèvement, mais les otages se souviennent aujourd’hui que les rares livres que leurs geôliers respectifs ont bien voulu leur autoriser étaient les mêmes. Derrière ces noms d’emprunt, se cachait un seul et même mouvement dont tous les indices laissent penser qu’il s’agissait du Hezbollah, une organisation chiite, partie prenante de la guerre civile libanaise et patronnée, à l’époque, par l’Iran, alors en guerre avec l’Irak. A l’époque toutes les demandes des ravisseurs tendaient à servir les intérêts iraniens. L’Iran et le Hezbollah sont les suspects numéro un mais aucun juge n’a encore mené l’enquête. Tout reste à découvrir et c’est la raison pour laquelle Marie Seurat, la veuve de Michel Seurat mort pendant sa séquestration, et cinq des anciens otages vont déposer plainte contre X, ce mercredi, devant la Justice française. Ils veulent savoir. Marie Seurat voudrait savoir où est le corps de son mari. Ses deux filles voudraient pouvoir enterrer leur père. Les autres voudraient savoir qui les a torturés et torturé leurs familles. Tous voudraient, surtout, que la vérité soit révélée pour que tous ceux qui continuent, partout dans le monde, à enlever des hommes pour exercer un chantage politique ou financier se sentent un peu moins tranquilles. C’est dur d’aller porter plainte. Il faut remuer les souvenirs, revivre ce que l’on voudrait tant oublier, se préparer à de nouveaux témoignages, de nouvelles attentes, de nouveaux espoirs. C’est dur, mais à Noël dernier, Marie Seurat se trouvait au Liban et elle y a soudain réalisé, vu de ses yeux vu, que le Hezbollah, dix-sept ans après, siège au Parlement libanais. Elle ne l’a pas supporté. C’était trop et c’est alors que les otages ont décidé de réaliser ce projet de plainte collective dont ils parlaient, mais sans plus, depuis que Pinochet a été inculpé, que Milosevic est à La Haye, depuis que quelques uns des ces grands criminels intouchables doivent rendre des comptes. Restait à choisir une date et ce fut le 22 mai, jour anniversaire de l'enlèvement de Michel Seurat, spécialiste de l’Islam, un homme qui avait consacré toute sa vie au monde arabe dont il était le plus savant des amis. En dix-sept ans bien des choses ont changé. Le Liban est en paix et ne peut plus refuser de collaborer aux enquêtes que lancera la Justice française. Déchiré entre des conservateurs qui eurent partie liée au terrorisme et des réformateurs qui prêchent l’état de droit, l’Iran cherche, de son côté, à se rapprocher de l’Europe. Cette plainte, un jour, peut aboutir.

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