Une page se tourne. Entre les Etats-Unis et les trois pays, France, Allemagne, Russie, qui s’étaient opposés à l’intervention en Irak, l’heure est au rapprochement, à la décrispation, mais sur le fond ? Ce moment important, et nécessaire, n’efface pas les désaccords de fond. Devant la reprise des attentats terroristes et les difficultés auxquelles ils se heurtent en Irak les Américains avaient besoin, là, d’une résolution de l’Onu reconnaissant « l’autorité, les responsabilités et les obligations » que leur confère leur statut de puissance occupante. Ils en avaient tellement besoin qu’ils ont suffisamment modifié leur projet initial pour lever les objections françaises, allemandes et russes. D’inacceptable, leur projet est devenu, non pas satisfaisant - il ne l’est pas - mais acceptable car il ne nie plus tout rôle à l’Onu et Français, Russes et Allemands ont donc décidé, hier, de le voter pour trois raisons. La première est que Berlin comme Moscou souhaitaient calmer le jeu avec les Américains et que Paris ne voulait ni se retrouver isolé ni briser, surtout, la connivence établie avec l’Allemagne et la Russie. La deuxième est que ces trois capitales sont trop conscientes des tensions irakiennes et des nouvelles menaces terroristes, des dangers qui se profilent et qu’elles avaient prévus, pour ne pas préférer l’unité du Conseil de sécurité à une intransigeance de principes. Et puis, enfin, la France est, maintenant, avant tout soucieuse de pouvoir surmonter les divisions européennes suscitées par la guerre, d’affirmer l’Europe, de resserrer ses rangs, de faire avancer l’idée de défense européenne, cette ambition militaire porteuse d’ambitions politiques pour l’Union. Tout la poussait donc à détendre et non pas retendre ses relations avec l’Amérique, à rassurer, ainsi, les plus atlantistes des Européens, à leur montrer que la France savait aussi s’entendre avec les Américains, quand la raison le commande et que l’attitude américaine le permet. Une page, oui, se tourne mais les Etats-Unis n’en restent pas moins décidés à gouverner seuls le monde et n’en continueront pas moins de considérer que leur alliance avec l’Europe n’est plus prioritaire. C’est la réalité de ce nouveau siècle. Domination des Etats-Unis sur le monde ou concertation entre les continents, c’est là qu’est le problème de fond, problème qui demeure, et pour longtemps. Or il y a, dans ce débat, une faiblesse de la position française. Dès lors que la France, Jacques Chirac comme l’opposition socialiste, est toute entière consciente que le multilatéralisme ne se décrète pas, que ce n’est pas la France qui l’imposera mais que seule une Europe unie, une Europe politique, le pourrait aujourd’hui, la France devrait être désormais à l’avant-garde, avec l’Allemagne évidemment, de l’idée de démocratie européenne. Français et Allemands devraient aujourd’hui plaider à l’unisson pour un exécutif européen procédant de l’électorat européen, pour un gouvernement européen élu par les Européens. Ils ne le font pas. La France ne le fait pas. La France tarde trop à entamer cette longue et difficile bataille. La France n’est pas logique avec elle-même.

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