Ce « oui », l’Union européenne le souhaitait si peu qu’elle avait imposé aux Monténégrins une barre très haut placée. L’Union ne reconnaîtrait l’indépendance de leur pays, leur avait-elle dit, que si le « oui » passait la barre non pas seulement de la majorité mais d’une majorité qualifiée de 55% des voix. Il semble, ce matin, que ce soit le cas. On le saura dans les heures qui viennent mais pourquoi la perspective de l’indépendance monténégrine suscitait-elle si peu d’enthousiasme dans les capitales européennes ? La première raison en est que le Monténégro ne compte que 620 000 habitants, certes beaucoup plus que Monaco, plus que le Luxembourg aussi, mais moins que deux fois Rouen. Un micro Etat de plus apparaît ainsi sur la carte et le jour, proche ou lointain, où les Monténégrins entreront dans l’Union, leur voix comptera autant au Conseil européen que celle de la France ou de l’Allemagne. De ce seul point de vue, il eut été préférable que le Monténégro ne se séparât pas de la Serbie, d’autant plus qu’il n’a pas d’autres ressources naturelles que la beauté de ses villages et de ses plages. Cette indépendance vient souligner l’urgence d’une profonde et difficile réflexion sur l’architecture institutionnelle d’une Union qui a vocation et intérêt à intégrer tous les pays européens mais dont la règle d’un Etat, une voix sera de moins en moins tenable. On verra. Ce n’est pas neuf. Il y a le temps mais l’indépendance monténégrine pose un deuxième problème, autrement plus explosif. Dès lors qu’elle sera proclamée, une autre indépendance, celle du Kosovo, deviendra un peu plus incontournable encore car, là-bas, ce sont 90% des habitants qui la souhaitent et que cette population, musulmane et albanaise, n’a aucun des liens, ni la langue ni la religion, qui unissaient les Monténégrins aux Serbes. Or, contrairement au Monténégro, qui constituait l’une des Républiques fédérées de l’ancienne Yougoslavie, le Kosovo faisait partie intégrante de la Serbie. Même sous administration internationale, le Kosovo fait toujours juridiquement partie de la Serbie et, par ricochet, le « oui » monténégrin va accélérer la remise en cause de l’intangibilité des frontières intérieures de l’ancienne Fédération de Yougoslavie, règle d’or que l’Europe et l’Onu s’étaient fixée durant les guerres de l’éclatement yougoslave. C’est au nom de cette règle que la communauté internationale s’était opposée au fractionnement de la Bosnie entre ses différentes communautés mais maintenant que, le Kosovo, aidé par l’indépendance monténégrine, créera bientôt un précédant au nom de quoi pourra-t-on éternellement refuser l’indépendance aux Serbes de Bosnie et leur éventuel rattachement à la Serbie ? Si l’on accepte, ici et là, le principe de l’autodétermination pourquoi en refuserait-on le bénéfice aux seuls Serbes, ceux de Bosnie comme ceux du Nord du Kosovo, voire comme ceux des régions monténégrines qui ont voté « non » ? Ce vote pose plus de problèmes qu’il n’en résout.

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