Où l'on voit comment les élections de vendredi ont tout changé à Téhéran.

Ce n’est pas seulement qu’un pragmatique l’ait emporté contre les conservateurs. En s’adjugeant, vendredi, 57% des voix dès le premier tour, le président iranien sortant, Hassan Rohani, l’homme du compromis avec les grandes puissances sur la question nucléaire et de la levée des sanctions internationales frappant son pays, a défait le ban et l’arrière-ban de la hiérarchie religieuse la plus réactionnaire mais, bien plus important encore, il a enclenché une dynamique ouvrant une nouvelle page politique à Téhéran.

Il l’a fait car il n’avait pas le choix.

Pour le battre, les différents courants du conservatisme s’étaient entendus sur un candidat commun, Ebrahim Raisi, bénéficiant tout à la fois du soutien actif des Gardiens de la révolution, les forces armées du régime, et de la bienveillance du Guide suprême, patron des institutions religieuses chapeautant le République et homme le plus puissant d’Iran.

Justice, police, media, richissimes fondations religieuses et puissance d’intimidation des Gardiens, tout était fait pour barrer la route à Hassan Rohani auquel il ne restait plus qu’une arme : la mobilisation des abstentionnistes.

Pour gagner, le président sortant devait faire monter le taux de participation en faisant aller aux urnes ceux qui n’y vont pas car ils refusent le régime en bloc et ne veulent pas participer à son fonctionnement, même en allant voter pour ses figures les plus contestataires. Alors Hassan Rohani a haussé le ton. Lui qui s’était fait élire, il y a quatre ans, en « modéré » à mi-chemin des conservateurs et des réformateurs, a commencé à tirer à boulets rouges, intimant aux Gardiens de rester dans leurs casernes et dénonçant les répressions politiques de la théocratie depuis sa fondation. Il s’est ainsi fait dénonciateur du régime et cela a tellement plu que la participation a bondi à 70% des inscrits et que c’est à ce bond qu’il doit l’ampleur de sa victoire.

Samedi soir, dans des foules en liesse, garçons et filles dansaient ensemble dans les rues. Illégal, c’eut été impensable il y a encore trois jours, mais plus personne ne craignait rien car Rohani avait gagné et, de fait, gagné contre le régime.

Sauf à reculer à nouveau, les conservateurs ne pourront pas rester bras croisés, mais que peuvent-ils faire ?

Contester les résultats ? Ils sont si clairs que ce serait difficile. Faire tirer alors que tombe la peur ? Ce serait risquer de faire descendre le pays dans la rue.

Les conservateurs sont en plein désarroi et se divisent déjà car, en plus de la présidentiellle, ils ont perdu les municipalités de Téhéran et de bien d’autres villes qu’ils contrôlaient. Provisoirement au moins, la Raison leur commande de chercher un modus vivendi avec Rohani qui, lui, fait monter les enchères en se rangeant, depuis vendredi, dans le camp réformateur.

Contre Rohani ou même sans lui, les conservateurs et le Guide n’ont aujourd’hui plus les moyens de canaliser la vague qui s’est brusquement levée. S’ils se dressent contre lui, ils ouvrent la boîte de Pandore. S’ils s’appuient maintenant sur lui, ils le renforcent. On ne sait pas ce qu’ils décideront mais, quoi qu’ils fassent, un nouvel Iran est sorti des urnes.

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