Alors que le Brexit aurait dû être effectif depuis deux mois, les Britanniques votent demain pour les élections européennes, dans un climat de ras-le-bol généralisé contre la classe politique. Et c’est le démagogue pro-Brexit Nigel Farage qui bénéficiera de ce vote sanction.

Le fondateur du « Brexit Party », Nigel Farage, au cours d’un meeting de sa campagne électorale, à Londres, le 21 mai 2019.
Le fondateur du « Brexit Party », Nigel Farage, au cours d’un meeting de sa campagne électorale, à Londres, le 21 mai 2019. © AFP / Tolga AKMEN / AFP

Quel paradoxe ! Les sondages, depuis des mois, disaient qu’une majorité de Britanniques était désormais favorable au maintien de leur pays au sein de l’Union européenne ; et voilà que c’est Nigel Farage, le chantre du Brexit, qui fait la course en tête aux élections européennes.

Nigel Farage, c’est le leader populiste par qui le Brexit est arrivé, avec son parti de l’indépendance du Royaume Uni, UKIP. Farage avait théoriquement quitté la vie politique, mais il y a trois mois il est revenu avec un nouveau parti, tout simplement nommé « Brexit Party » ;  et c’est lui qui va rafler la mise dans cet étrange scrutin européen qui se déroule demain outre-Manche.

Avec un parti qui existe à peine, il se paye le luxe de doubler toutes les formations historiques, aussi bien l’opposition travailliste que le Parti conservateur de la Première Ministre Theresa May. Dans certains sondages, il est même crédité de plus de voix que les deux grands partis réunis !

L’explication de ce succès est simple : c’est un ras-le-bol général au Royaume Uni face à l’incapacité de la classe politique à se mettre d’accord sur les termes du Brexit, voté, ne l’oublions pas, il y a bientôt trois ans, et qui n’est toujours pas effectif.

Le simple fait que les élections européennes se tiennent au Royaume Uni est le symbole de cet échec collectif. Le Brexit aurait déjà dû être une réalité depuis bientôt deux mois, et le Parlement européen un lointain souvenir. Le report de la date butoir a rendu l’organisation de ce scrutin nécessaire puisque le Royaume est toujours membre de l’Union européenne.

Qu’ils soient pour ou contre le Brexit, les Britanniques ressentent un profond sentiment de colère mêlé d’humiliation face au spectacle pathétique donné ces derniers mois par Westminster, leur Parlement aux traditions démocratiques si profondes.

Le vote sanction sans conséquences que les électeurs vont infliger à la classe politique se porte sur le plus démagogique des personnages de cette tragédie shakespearienne ; un candidat qui n’a d’autre programme que le Brexit, et dont les affaires d’argent opaques sont régulièrement dénoncées.

Où sont passés les électeurs anti-Brexit ? La complexité de la vie politique britannique est que toutes les formations sont divisées sur la question de l’Europe. Si un référendum offre un clivage clair et net, des élections comme celles-ci brouillent les pistes. Un vote travailliste est-il pour ou contre le Brexit ? Comment voter Conservateur quand le parti ne sait plus où il habite…

Seuls les Libéraux-Démocrates et les Verts sont clairement pro-européens et devraient en profiter.

La grande leçon de cette débâcle est que lorsque les partis politiques perdent le sens de leur mission, ils ouvrent grand la porte aux aventures et à la démagogie. Elle n’est pas nouvelle, mais on est surpris de voir à quel point elle se confirme systématiquement, même dans les pays de grande tradition démocratique. 

Il y a toujours un Nigel Farage prêt à surgir quand la politique démissionne.

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