C’est à Pékin, et pas à Hong Kong comme le voudrait l’autonomie du territoire, que la Chine a annoncé une loi sur la sécurité nationale dans le territoire où se déroulent depuis des mois des manifestations pro-démocratie. Une provocation dans un climat international tendu.

Ouverture jeudi à Pékin de la première des deux Assemblées parlementaires, un rendez-vous annuel retardé de trois mois pour cause de coronavirus. Dès le premier jour, le coup d’éclat sur Hong Kong a été annoncé.
Ouverture jeudi à Pékin de la première des deux Assemblées parlementaires, un rendez-vous annuel retardé de trois mois pour cause de coronavirus. Dès le premier jour, le coup d’éclat sur Hong Kong a été annoncé. © AFP / GREG BAKER / AFP

Le régime chinois est sous pression, et comme à chaque fois, il se referme et se durcit. C’est à Hong Kong, territoire théoriquement autonome, qu’il a voulu montrer hier qu’il ne se laissait pas intimider par l’escalade verbale de Donald Trump : le gouvernement central chinois a annoncé une loi contre les menaces à la Sécurité nationale à Hong Kong, une véritable provocation.

L’annonce est venue au premier jour des réunions des deux Assemblées parlementaires chinoises, un grand show annuel visant à donner le cap politique et mobiliser les cadres du Parti communiste. Cette session avait un caractère particulier en raison du coronavirus qui en a retardé la tenue de trois mois, et contraint tout les participants à porter des masques ; tout le monde, sauf les membres du Bureau politique.

Hong Kong constitue une épine dans le pied de Pékin depuis le début des manifestations pro-démocratie l’été dernier. Depuis, le mouvement s’est transformé en batailles rangées avec la police, mais ça n’a pas empêché les jeunes protestataires de remporter une spectaculaire victoire aux élections locales en novembre dernier, un revers pour Pékin.

Cette loi annoncée hier est doublement significative.  Il y a d’abord la forme : c’est à Pékin qu’elle a été annoncée, pas à l’Assemblée de Hong Kong comme l’exigerait l’autonomie promise pour 50 ans lors de la rétrocession en 1997. Le principe « un pays, deux systèmes », sur lequel se fondait ce retour de Hong Kong à la « mère patrie », est devenu largement fictif : les Hongkongais ironisent que c’est désormais « un pays, un système ».

Mais cette loi est surtout lourde de menaces pour les militants pro-démocratie du territoire. Elle permettra, au nom de la sécurité nationale, un concept fourre-tout, de réduire au silence ces jeunes dissidents, à commencer par ceux qui osent demander l’indépendance de Hong Kong, un courant très minoritaire mais insupportable pour Pékin.

Hong Kong était jusqu’ici le seul endroit du territoire chinois à bénéficier de libertés impossibles dans le reste de la Chine, comme celle de la presse, de manifester, ou d’association. Elles risquent d’être sérieusement compromises, à l’image du rassemblement traditionnel du 4 juin à la mémoire des victimes du massacre de Tiananmen, interdit cette année sous prétexte de … coronavirus !

Il y aura des protestations internationales, mais rien de sérieux dans un climat passablement tendu, nous en parlons presque tous les jours. Les États-Unis en tireront assurément argument pour accroître leurs critiques du régime chinois, mais c’est déjà ce qu’ils font depuis des semaines à propos de la pandémie de covid-19.

Tout se passe comme si Pékin avait compris que rien ne pourrait réparer les relations sino-américaines à ce stade, au moins jusqu’à l’élection présidentielle américaine de novembre, et sans doute au-delà, quel que soit le vainqueur. La communication officielle chinoise, qui répond coup pour coup à l’administration Trump, montre qu’elle ne pense pas pouvoir baisser cette tension. 

La Chine se prépare à une guerre froide d’un type nouveau, et les démocrates hongkongais risquent d’en être les premières victimes.

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