C’est une victoire du bon sens, une bonne nouvelle, qui vient, de surcroît, éclairer le débat sur la Constitution européenne. Depuis longtemps déjà, plusieurs des Etats de l’Union, Allemagne et France en tête, réclamaient un assouplissement du Pacte de stabilité monétaire conclu au lancement de l’euro. Dans ses dispositions d’origine, ce pacte interdisait aux pays de l’euro, point à la ligne et sous peine de sanctions financières, de laisser leurs déficits publics dépasser les 3% de leur Produit intérieur brut. Véritable couperet, ce plafond avait été imposé à l’insistance de l’Allemagne, pays qui bénéficiait, à l’époque de finances parfaitement saines, qui craignait l’inflation comme la peste car elle lui rappelait l’une des causes du nazisme, le naufrage de sa monnaie dans les années vingt, et qui ne voulait donc pas perdre la force du mark en faisant monnaie commune avec des pays laissant filer leurs déficits. L’Allemagne était catégorique. C’était à prendre ou à laisser et, comme l’objectif de l’équilibre budgétaire n’est pas, en lui-même, bien au contraire, une mauvaise chose, les Allemands avaient eu gain de cause. Pour faire l’euro, pour faire une réalité de cette utopie, pour doter l’Union de cette devise sans laquelle nous serions aujourd’hui, plus que jamais, dans la tourmente des dévaluations compétitives et des attaques spéculatives contre la lire ou le franc, l’Europe a accepté cette rigueur - chiffrée, donc mécanique, donc forcément absurde puisqu’il y a des circonstances dans lesquelles on a, au contraire, intérêt à recourir aux déficits budgétaires. A l’époque, ce couperet des 3% avait suscité d’énormes polémiques. Les uns disaient qu’il était suicidaire de se lier ainsi les mains et qu’il fallait d’autant moins le faire qu’on ne pourrait plus rien y changer puisqu’il faudrait pour cela l’unanimité des pays de l’Union. Les autres rétorquaient que, si l’euro était à ce prix, il fallait en passer par là, que ce principe n’était pas inacceptable et que lorsque l’euro serait installé et qu’un besoin de souplesse se ferait sentir, les réalités imposeraient des aménagements, unanimité ou pas. L’unification de l’Allemagne a dégradé ses finances. La faiblesse de la croissance européenne a réimposé l’idée de politiques de relance. Beaucoup des pays de l’Union ont commencé à pousser l’idée d’un assouplissement du Pacte. Gardienne des traités, la Commission s’y est opposée. La Cour de justice européenne s’en est mêlée car il y avait violation des Traités et après seize mois de bataille politique, les vingt-cinq ministres des Finances se sont mis d’accord, dimanche, à vingt-cinq, sur de considérables mesures d’assouplissement du Pacte que le Conseil entérine aujourd’hui. Le poids de la France et de l’Allemagne a joué car l’Europe ne peut se faire contre elles deux. Même l’Italie libérale, celle de Silvio Berlusconi, les soutenait. Les nouveaux pays membres étaient heureux de ce changement car il leur permettra de rejoindre plus facilement l’euro. Unanimité ou pas, le bon sens, la nécessité et la détermination politique l’ont emporté comme ils l’emporteront demain quand il faudra, unanimité ou pas, modifier le projet de Constitution qui est un moment, capital, mais un moment seulement, de la marche vers une Europe politique.

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