Les Républicains criaient au communisme. La gauche démocrate ne voulait pas entendre parler d’une loi qui n’aurait pas institué un système d’assurance public. La droite démocrate craignait de tomber sous l’accusation d’avoir contribué à un accroissement du rôle de l’Etat et d’être désavouée par les électeurs. Sitôt après son élection, Barack Obama avait ainsi vu s’enliser dans les sables du Congrès son projet phare, la généralisation de la couverture médicale aux dizaines de millions d’Américains qui en sont dépourvus. Son autorité nationale et, par là même, internationale, en était atteinte mais il a maintenant gagné. Il a repris la main, fait adopter ce projet hier, en retrouvant des accents de campagnes, en plaidant passionnément cette nécessité morale devant l’opinion, en rompant avec ce désir de conciliation qui lui est propre et en allant lui-même au Congrès dire aux Représentants qu’ils étaient devant ce genre de moment où, loin de la routine des commissions et des votes de procédure, un élu retrouve la raison même le bien public, qui l’a poussé à entrer en politique. « Je sais, avait-il dit samedi, ce qui se martèle dans les comptes-rendus de ce débat : Qu’est-ce que cela impliquera pour le Parti démocrate ? Quelles en seront les conséquences sur les sondages de popularité du président ? Comment cela jouera-t-il en novembre (aux élections de mi-mandat) ? Que se passera-t-il dans les circonscriptions incertaines ? » C’est effectivement à cela qu’était trop souvent réduit ce débat et Barack Obama, en plein Congrès, a rebattu les cartes en lançant : « Ne le faites pas pour moi. Ne le faites pas pour le parti démocrate. Faites le pour le peuple américain ». C’était sobre et percutant, un rappel à la noblesse de la politique et un appel à l’idéalisme assorti d’un démontage de tous les arguments utilisés pour bloquer une réforme dont les compagnies d’assurance et leurs lobbies ne voulaient pas et, là où avaient échoué tant de présidents américains, des deux Roosevelt à Bill Clinton en passant par Richard Nixon, Barack Obama a réussi. Cela va changer la vie quotidienne de 32 millions d’Américains qui ne pourront plus se voir refuser une assurance et dont les primes vont baisser. Quatre-vingt-quinze pour cent des Américains auront, maintenan, une couverture médicale. Excusez du peu. C’est également une rupture culturelle dans un pays qui a toujours considéré que la solidarité relevait de la charité et que chacun devait rester responsable de lui-même quand bien même il n’avait pas les moyens de l’être. C’est un très grand et beau moment pour les Etats-Unis et la politique mais cela pourrait également changer beaucoup de choses pour la diplomatie américaine. D’Israël à l’Iran ou de la Chine ou la Russie, tous ces pays dont les gouvernements estimaient de ne pas avoir à se soucier de ce président américain empêtré au Congrès vont devoir désormais plus compter avec lui et ce sera, d’abord, le cas de Benjamin Netanyahu, en plein bras de fer depuis deux semaines avec la Maison-Blanche. Arrivé ce matin à Washington, le Premier ministre israélien y trouvera un président plus solide, encore plus à même de lui parler net.

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