La France irrite et inquiète ses propres alliés. A l’initiative et l’avant-garde de l’intervention en Libye, elle est maintenant contestée, au sein de l’Union européenne comme de l’Alliance atlantique, par de nombreux pays qui souhaiteraient, pour des raisons diverses, lui enlever le contrôle qu’elle exerce de fait sur cette opération. La France irrite car cette puissance moyenne se trouve jouer là un rôle de superpuissance, celui d’une Amérique qui serait parvenue à convaincre les Nations-Unies d’avaliser la politique qu’elle entendait mener. On ne peut rien lui reprocher ouvertement puisqu’elle agit, avec d’autres, sous mandat du Conseil de sécurité. Personne ne s’en prend directement à la France mais le rôle politique et militaire qu’elle a réussi à s’adjuger en faisant valoir, d’une part, à Barack Obama qu’il ne pouvait pas laisser écraser Benghazi sans que cela ne lui soit ensuite reproché et, de l’autre, à la Chine et à la Russie qu’elles ne pouvaient pas apparaître comme les sauveurs de Kadhafi en opposant leur veto à la résolution de l’Onu suscite des jalousies et ressuscite les allergies que provoquaient la France gaulliste et sa prétention à affirmer sa singularité dans le camp occidental. Ce ne serait pas très grave si ne s’ajoutaient à cela trois inquiétudes. La première est celle des plus atlantistes des Européens qui ne veulent pas que l’Europe joue par elle-même un rôle militaire, en simple coordination avec les Américains, car ils craignent que cette affaire libyenne ne puisse devenir un moment de l’autonomisation de l’Europe en matière de Défense et n’ouvre un processus d’affirmation de l’Union sur la scène internationale dont ils ne veulent pas parce qu’elle pourrait précipiter, à leurs yeux, un éloignement entre les deux rives de l’Atlantique. C’est pour cela que la Grande-Bretagne, bien qu’elle ait pris l’initiative aux côtés de la France de réveiller l’Onu, souhaite désormais que le commandement de l’opération soit passé à l’Otan. Beaucoup des pays nordiques sont sur la même position. L’Italie l’est également, parce qu’elle ne supporte pas que la France mène le jeu en Libye alors que ce pays est une ancienne possession italienne. Face à ces pressions en faveur d’un passage de relais à l’Otan, la France est ainsi largement isolée bien qu’elle fasse valoir, à juste titre, que les opinions arabes accepteraient difficilement que ce soit l'Alliance atlantique qui intervienne au Maghreb et non plus des pays volontaires. La deuxième inquiétude est celle de l’Allemagne qui non seulement voit la France reprendre un poids politique qu’elle lui avait lentement ravi depuis son unification mais continue de contester la légitimité même de cette opération qu’elle ne voudrait guère voir réussir après avoir refusé de la soutenir. Quant à la troisième inquiétude, elle est celle de la Turquie qui admet mal que l’influence grandissante qu’elle avait acquise à l’Est et au Sud de la Méditerranée soit relativisée par les sympathies que la France s’y assure. La Turquie voudrait donc elle aussi que l’Otan dont elle est membre reprenne le contrôle de cette opération afin d’avoir son mot à dire. La confusion est grande. La France devra lâcher du lest mais l’opération se poursuit.

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